

En février et mars prochains, le Canada accueillera le monde entier aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver. Puisqu’il s’agit du premier événement international de grande envergure au Canada après les attentats du 11 septembre, les Jeux de 2010 de Vancouver posent des défis sans précédent au Canada sur le plan de la sécurité et de la protection de la vie privée.
On mettra sur pied un cordon complexe de sécurité et de surveillance destiné à protéger les athlètes et leur personnel de soutien, les employés, les bénévoles, les médias et les visiteurs sur les sites autour de Vancouver, de Whistler et du Lower Mainland. Parallèlement, il sera indispensable de préserver les valeurs démocratiques chères aux Canadiennes et aux Canadiens, notamment le droit à la vie privée.
Le présent document expose les défis que les Jeux de 2010 posent à la protection de la vie privée. On y énonce également un cadre de principes directeurs ainsi que des recommandations concrètes visant à aider les responsables de la sécurité à s’acquitter de leurs tâches de manière à ne pas empiéter indûment sur le droit des personnes à la vie privée — avant, pendant et après les Jeux.
On dit d’un événement qu’il est de grande envergure lorsqu’il attire un nombre élevé de visiteurs d’autres pays, suscite une attention soutenue du public et des médias à l’échelle internationale, et pose des défis hors de l’ordinaire en matière de sécurité. Outre les Jeux olympiques, mentionnons les expositions internationales ou universelles ainsi que la Coupe du Monde de soccer.

Les objectifs du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada et du Commissariat à l’information et à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique à l’égard des Jeux olympiques et paralympiques de 2010 sont les suivants :

En 2003, la GRC a mis sur pied le Groupe intégré de la sécurité Vancouver 2010 (GIS), qui combine les pouvoirs de la police, de l’armée et de la sécurité pour s’assurer que les Jeux de Vancouver seront sécuritaires. Le GIS s’est élargi depuis sa création pour inclure d’autres organismes d’application de la loi, dont la police de Vancouver et de West Vancouver. La police locale est assujettie à la Freedom of Information and Protection of Privacy Act (FIPPA) de la Colombie-Britannique alors que la GRC est assujettie à la Loi sur la protection des renseignements personnels fédérale. Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver (COVAN) est soumis à la Personal Information Protection Act (PIPA) de la Colombie-Britannique.
Les commissariats fédéral et provincial ont tenu des discussions avec les organismes gouvernementaux concernés par la planification de la sécurité des Jeux, y compris le Groupe intégré de la sécurité Vancouver 2010 (GIS), qui est dirigé par la GRC et est responsable de la sécurité globale des Jeux. Au cours de nos discussions avec les représentants du GIS, ces derniers ont démontré qu’ils sont sensibles à leurs responsabilités liées au droit à la vie privée des personnes.
Toutefois, nous savons par expérience que le droit à la vie privée peut être fragile. Dans notre rapport annuel de 2007‑2008 concernant la Loi sur la protection des renseignements personnels, nous indiquions que « Dans notre démocratie, il semble que ce soient nos bonnes intentions qui nous poussent vers une société de surveillance. » C’est pourquoi il sera crucial de veiller à ce que les dispositions en matière de sécurité prévues pour les Jeux de 2010 n’empièteront pas indûment sur les libertés civiles auxquelles sont profondément attachés les Canadiennes et les Canadiens.

On ne sera pas étonné d’apprendre que les responsables de la planification de la sécurité pour les Jeux de Vancouver ont été discrets au sujet des mesures de sécurité et de surveillance qu’ils entendent mettre en œuvre. Le GIS a quand même exposé les grandes lignes de son plan sur son site Web. Au nombre des mesures de surveillance proposées, mentionnons les suivantes :
Selon des travaux de recherche effectués par l’Université de l’Alberta et financés par le Commissariat, on a eu recours lors des olympiades antérieures à des mesures sécuritaires telles que les caméras de télévision en circuit fermé, les cartes d’identification biométriques, les vérifications automatisées des antécédents, l’observation par satellite, le contrôle des téléphones cellulaires, les dirigeables de surveillance aérienne et le profilage des voyageurs. Les chercheurs indiquent que « l’intégration des diverses technologies de surveillance est sans doute l’une des facettes les plus notables et, sous l’angle de la protection de la vie privée, les plus troublantes des efforts de sécurité olympiques » [traduction]. L’intégration des technologies suppose la combinaison de renseignements personnels additionnels disparates afin d’obtenir un portrait précis des personnes et de leurs activités.
— Boyle et Haggerty, Privacy Games: The Vancouver Olympics, Privacy and Surveillance, Université de l’Alberta, 2009.

À la suite d’une recommandation du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, le GIS a récemment désigné un responsable de la protection de la vie privée (RPVP) et affiché sur son site Web les responsabilités et les coordonnées de cette personne, à l’intention des gens qui souhaitent faire valoir leurs préoccupations en matière de protection de la vie privée. Un RPVP supervise le cadre et les politiques de protection de la vie privée d’une organisation et il répond aux demandes de renseignements et aux plaintes du public sur les affaires liées à la protection de la vie privée.

Compte tenu des nombreuses méthodes de surveillance utilisées et des renseignements personnels qui seront recueillis, traités, stockés et analysés par des responsables de la sécurité, le Commissariat continuera de faire pression pour obtenir davantage d’information à l’égard des mesures de sécurité proposées et de leurs répercussions sur la vie privée des personnes.
Dans l’intervalle, nous avons élaboré un cadre afin d’aider les responsables de la sécurité à atteindre l’équilibre approprié entre la protection de la vie privée et la sécurité aux Jeux d’hiver. Ce cadre, qui s’inscrit dans le sillon de la Loi sur la protection des renseignements personnels, des FIPPA et PIPA de la Colombie-Britannique, et d’une série de décisions rendues ces dernières années par la Cour suprême du Canada, comporte les principes suivants :

Dans ce contexte général, le GIS devrait prendre plusieurs mesures pour préserver la vie privée des personnes avant, pendant et après les Jeux.
Le GIS a distribué un « énoncé de confidentialité » dans lequel il s’engagea à traiter les renseignements personnels conformément aux principes généralement reconnus relatifs à l’équité dans le traitement de l’information. Bien qu’il s’agisse d’un pas dans la bonne direction, l’énoncé ne constitue pas une politique sur la protection de la vie privée au plein sens du terme, qui énonce normalement en plus amples détails la manière dont une organisation recueillera, utilisera, communiquera et détruira des renseignements personnels. Une politique du genre explique également la manière dont une personne peut demander l’accès à ses renseignements personnels ou déposer une plainte.
Il faut louer le GIS pour certaines des initiatives qu’il a déjà prises à cet égard. De façon plus particulière, il utilise son site Web pour les principales annonces opérationnelles, et les hauts responsables discutent régulièrement de leurs plans au cours des activités publiques. Néanmoins, nous avons le sentiment que le GIS pourrait en faire davantage pour informer le public par le biais des médias, de la publicité ou d’autres stratégies quant à la manière dont il entend respecter le droit à la vie privée avant, pendant et après les Jeux.
Dans le contexte des exigences nationales sur le plan de la sécurité et de l’application de la loi, tous les services de police et autres organismes de sécurité devraient veiller au respect de la vie privée en se conformant aux principes suivants durant les Jeux :
À Athènes, où se sont déroulés en 2004 les premiers Jeux d’été après les attentats du 11 septembre, la police souhaitait continuer d’utiliser, une fois les Jeux terminés, presque toutes les 350 caméras de télévision en circuit fermé pour surveiller les foules durant les manifestations. Toutefois, le public s’est élevé contre un tel projet et les principaux dirigeants de l’autorité grecque de protection des données ont démissionné en guise de protestation.
Bien des gens craignent que les systèmes de sécurité installés pour les Jeux demeurent opérationnels une fois les événements terminés, redoutant que les résidents de la Colombie‑Britannique se retrouvent en permanence sous l’œil d’un appareil de surveillance perfectionné.
Pour s’assurer que les Jeux d’hiver de Vancouver ne laisseront aucun héritage favorisant les intrusions à la vie privée, le Commissariat recommande qu’au terme des événements :

Il ne fait pas de doute que les Jeux d’hiver de Vancouver poseront des défis importants aux organismes de sécurité et d’application de la loi. Malgré cela, comme l’a indiqué la commissaire à la protection de la vie privée du Canada, « le devoir des gouvernements d’assurer la sécurité de leurs citoyens doit être pondéré, dans une société démocratique, en fonction des valeurs qui sous-tendent notre mode de vie. C’est pourquoi il faut défendre le droit à la vie privée, même à l’occasion de grands événements tels que les Jeux olympiques, qui posent une menace à la sécurité plus grande qu’à l’habitude. »
S’il y a application du cadre et des recommandations susmentionnés, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada et le Commissariat à l’information et à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique croient que les Jeux de Vancouver pourront se dérouler de manière sécuritaire et sensible à l’égard du droit à la vie privée de tous ceux qui sont concernés.
Août 2009
