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Le 3 décembre 2009
Allocution prononcée par Chantal Bernier
Commissaire adjointe à la protection de la vie privée du Canada
C’est un grand honneur pour moi d’être ici, dans un pays ami du Canada et dans une assemblée si prestigieuse.
Nous avons débuté la journée par une présentation sur la Déclaration de Montevideo.
Il existe un lien spécial entre le Canada et la Déclaration. Premièrement, avec la contribution financière de notre Centre de recherches pour le développement international (CRDI) qui a permis l’élaboration de la Déclaration et ma participation aux discussions à Montevideo. Deuxièmement, parce que le Canada et la Déclaration explorent tous les deux les nouvelles frontières de la vie privée.
Le Canada, avec une vaste enquête sur les pratiques de Facebook, et la Déclaration de Montevideo, avec ses dispositions qui offrent aux législateurs, aux responsables de l'éducation et aux entreprises de réseautage social une référence pour définir ces nouvelles frontières : les limites qu'on ne doit pas franchir par respect de la vie privée.
À plusieurs reprises, on a dit qu’Internet n’a pas de frontières – c’est vrai. Mais la vie privée a ses frontières.
Pourquoi de nouvelles frontières? Parce qu'Internet constitue un nouvel espace de vie, un espace d’achat, un espace de relations et de rencontres dans lequel la protection de la vie privée est soumise à de nouvelles pressions, pour lequel il n'existe pas encore de limites claires. Les statistiques de comScore révèlent que plus d’un milliard de personnes âgées de 15 ans et plus ont visité Internet en 2008. Dix-huit pour cent de ces personnes sont d'Amérique du Nord et sept pour cent d'Amérique latine.
Le défi, particulièrement en ce qui concerne les jeunes, est d’établir ces nouvelles frontières,
Au cours de ma présentation, je m’efforcerai principalement d'illustrer comment le Commissariat de la protection de la vie privée du Canada a défini de façon plus claire les frontières de la vie privée sur Internet et comment nous essaierons d’avancer dans cette direction.
Ma présentation comportera quatre parties :
Premièrement, portrait social et juridique du Canada en ce qui concerne la protection de la vie privée.
1.1 Contexte social
Sur les 33millions de personnes qui composent la population canadienne, presque 12 millions ont un compte Facebook.
De ces 12 millions d’utilisateurs :
Aujourd’hui, les jeunes communiquent autant par Internet que par téléphone.
1.2 Contexte juridique
Après ce portrait social, examinons maintenant le contexte juridique.
Le système juridique canadien en ce qui a trait à la protection de la vie privée est divisé, mais solide.
Le système juridique est divisé parce que le Canada est une fédération avec une division constitutionnelle des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les provinces et les territoires. Le gouvernement a tout pouvoir pour toutes les questions nationales, internationales ou interprovinciales. Quant aux provinces et aux territoires, ils ont tout pouvoir pour les questions d’application locale.
Ce qui signifie que :
En outre, dans le cadre de la Constitution, la Charte des droits et libertés (en anglais, Charter of Rights and Freedoms) protège le droit fondamental à la protection de la vie privée.
Le Code pénal renferme également des dispositions pertinentes. Dans ce sens, la semaine dernière, le gouvernement fédéral a présenté un projet de loi qui oblige les entreprises de télécommunications à prévenir la police de l’existence de sites de pornographie juvénile.
Ce système juridique est solide parce que :
Ce sont là, en général, les éléments du cadre normatif de la protection de la vie privée au Canada et l’outil juridique de la protection de la vie privée des jeunes. Je vais maintenant parler de la problématique générale.
En nous fondant sur l’expérience canadienne, nous avons trois grandes préoccupations :
Plus précisément, l’hiver dernier, nous avons organisé des groupes de discussion avec près de 150 jeunes de partout au Canada pour découvrir les tendances et les attitudes. En voici les résultats :
Une enquête réalisée par l’Université Ryerson, sous la direction du Commissariat de la protection de la vie privée du Canada, révèle que les jeunes sont préoccupés par la protection de leur vie privée, mais que leur conception de la vie privée est très différente de celle des adultes.
La différence est la suivante : les jeunes considèrent que leur information, même si elle est disponible sur un réseau social, reste privée puisque c'est la leur. Les adultes, par exemple, les chefs d’entreprises et les employeurs, estiment que l’information est publique et ne mérite pas d'être protégée quand elle est disponible sur un réseau social.
Cette différence diminue lorsque les jeunes approchent l’âge auquel ils entrent sur le marché du travail. Les jeunes filles se préoccupent davantage que les jeunes garçons de protéger leurs données personnelles et agissent en conséquence.
3. Notre enquête sur Facebook
Notre enquête sur Facebook illustre concrètement la problématique de la vie privée dans les réseaux sociaux.
Tout a commencé au mois de mai 2008, quand une clinique de l’Université d’Ottawa, la Clinique d’intérêt public et de politique d’Internet du Canada (CIPPIC) a déposé une plainte contre Facebook à notre bureau, alléguant des violations à la protection de la vie privée.
Attendu que Facebook a des activités et des utilisateurs au Canada, nous avions la compétence territoriale pour exercer nos pouvoirs d’enquête sur les pratiques de Facebook.
C’est ainsi qu’a débuté un processus, décrit dans un rapport présenté par notre bureau en juillet 2009. Notre rapport reconnaissait la validité des allégations et faisait des recommandations à Facebook pour qu’il change certaines pratiques relatives à la protection de la vie privée. Facebook disposait de 30 jours pour répondre et accepter les changements. Dépassé ce délai, nous entamerions une procédure judiciaire.
Facebook ne voulait pas se lancer dans une action judiciaire pour de nombreuses raisons, que nous pouvons imaginer, et a accepté nos recommandations. Il a commencé à procéder aux changements nécessaires.
En outre, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, a informé tous les utilisateurs de Facebook – 350 millions dans le monde entier – d’une réforme fondamentale de ses paramètres de protection de la vie privée.
En résumé, nos principales conclusions à l’égard de Facebook entrent dans deux catégories : (1) La nécessité de mieux expliquer les paramètres de confidentialité et (2) une meilleure protection de la vie privée.
Comme nous le savons, Facebook a accepté toutes nos conclusions et recommandations et les appliquera à l’échelle internationale.
Toutes nos recommandations en vue d’améliorer l’information sur les paramètres et la vie privée sont appliquées. Plus précisément, Facebook a :
Nous avons négocié avec Facebook une année pour appliquer toutes nos recommandations. Facebook travaille en ce moment à :
Facebook a jusqu’au mois d’août 2010 pour appliquer ces changements.
4. Stratégies de protection de la vie privée des jeunes
En plus de l'enquête sur Facebook, notre bureau poursuit son travail sur la prévention et l’application de la loi afin de considérer comme une priorité la protection de la vie privée des jeunes sur Internet.
Cela suppose des efforts concertés et des activités axées sur les jeunes comme :
Nos efforts sont axés sur les utilisateurs, mais cela ne représente qu’un aspect de la problématique. Comme l’a mentionné M. Gregorios dans sa présentation de la Déclaration de Montevideo, l’autre aspect, l’autre but essentiel de nos efforts, consiste à créer dans les entreprises de réseau social un mode de commerce plus sécuritaire pour les données personnelles. Et c'est dans ce sens que nous travaillons.
Nous croyons aussi à la collaboration internationale face à un mouvement qui dépasse les frontières.
Ma participation à ce séminaire démontre notre ouverture dans ce sens.
Merci beaucoup.