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Le 10 février 2010
Ottawa (Ontario)
Allocution prononcée par Chantal Bernier
Commissaire adjointe à la protection de la vie privée du Canada
(La version prononcée fait foi)
Je tiens à vous remercier d’avoir invité le Commissariat à la protection de la vie privée à participer à cette table ronde aujourd’hui. La question du droit à la vie privée est au centre du débat sur la protection de la sécurité aérienne et je suis heureuse de pouvoir en discuter avec vous aujourd’hui.
Laissez-moi vous présenter d’abord un survol de ma présentation :
Des quatre questions qui nous ont été soumises aujourd’hui, trois sont déterminantes à la fois pour la sécurité et la protection de la vie privée :
Les lois canadiennes stipulent que la vie privée constitue un droit de la personne au sein de la hiérarchie de ces droits.
La sécurité peut avoir préséance sur la vie privée, mais uniquement après avoir examiné certains critères précis, notamment :
De plus, pour qu’une atteinte à la vie privée soit légitime, elle doit être justifiée par des objectifs valables et évaluée en fonction des attentes raisonnables en matière de vie privée. La notion d’« attentes raisonnables en matière de vie privée » varie selon le contexte.
Le CPVP est responsable d’assurer le respect de la Loi sur la protection des renseignements personnels qui régit la protection des renseignements personnels relevant de plus de 250 institutions fédérales. Nous assurons la conformité dans le cadre :
La Loi sur la protection des renseignements personnels doit être interprétée à la lumière de la Charte canadienne des droits et libertés. Par conséquent, les mesures du gouvernement portant atteinte à la vie privée doivent répondre au critère en quatre parties suivant :
En ce qui concerne le contexte précis de la sécurité aérienne, nous devons prendre en considération plusieurs points :
Pour évaluer la proposition de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) d’installer des scanneurs à ondes millimétriques permettant de saisir des images du corps entier au Canada, le CPVP a appliqué la Loi sur la protection des renseignements personnels et le critère en quatre parties dicté par la Charte canadienne des droits et libertés.
Le CPVP a d’abord pris connaissance de cet enjeu en 2008 dans le cadre de l’évaluation préliminaire des facteurs relatifs à la vie privée concernant un projet pilote à Kelowna.
Deux analystes ont été chargés du dossier — un homme et une femme — afin de s’assurer que les préoccupations en matière de protection de la vie privée étaient traitées du point de vue des deux sexes.
Le CPVP a formulé une série de recommandations — que j’aborderais dans quelques instants — qui ont été appliquées à la proposition finale pour la saisie d’images corps entier à l’aide de scanneurs à ondes millimétriques au Canada.
À l’été de 2009, le CPVP a reçu une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée concernant l’installation de scanneurs à ondes millimétriques permettant la saisie d’images du corps entier dans les principaux aéroports du Canada.
En se fondant sur le critère en quatre parties et les résultats du projet pilote, le CPVP a remis en question certains éléments de la proposition en ce qui a trait :
La dernière discussion avec l’ACSTA a eu lieu en octobre 2009.
En ce qui a trait à la nécessité, l’ACSTA a indiqué qu’elle fondait son analyse de la menace sur des renseignements fiables liés au risque que des explosifs et des armes non métalliques soient portés par des passagers. Nous n’avons pas vérifié son analyse — cela ne fait pas partie de notre mandat — mais nous sommes convaincus que l’ACSTA a fait preuve d’une diligence raisonnable à cet égard.
Pour ce qui est de la proportionnalité, l’ACSTA a convenu :
En ce qui concerne l’efficacité, l’ACSTA a expliqué de quelle façon les problèmes soulevés par le projet pilote ont été résolus et les essais effectués pour vérifier l’efficacité des scanneurs à détecter les explosifs et les armes non métalliques — encore une fois, nous n’avons pas vérifié l’efficacité des scanneurs — cela reste à être prouvée — mais nous sommes convaincus que l’ACSTA a fait preuve de diligence raisonnable sur ce point.
Pour ce qui est des mesures de rechange, l’ACSTA a convenu que les voyageurs ne seraient pas obligés de passer dans le scanneur et pourraient choisir de se soumettre à une fouille.
En octobre 2009 — et non en catastrophe après le 25 décembre, alors que l’inquiétude était à son paroxysme — le CPVP a écrit à l’ACSTA, à la suite d’une analyse rigoureuse des lois relatives à la protection des renseignements personnels appliquée à des faits objectifs, pour faire valoir :
L’ACSTA et Transports Canada (TC) ont accepté toutes les recommandations du CPVP.
Le travail de collaboration avec l’ACSTA et TC sur le dossier des scanneurs corporels a été fructueux puisque les deux organismes avaient à cœur la protection des renseignements personnels, mais l’avenir de la sécurité aérienne soulève de nombreuses préoccupations liées à la protection vie privée qui n’ont pas encore été abordées. J’aimerais terminer en attirant votre attention sur ces questions afin d’alimenter la réflexion.
Dans les efforts à venir concernant l’élaboration de mesures de sécurité aérienne, nous devrons tenir compte des points suivants :
En terminant, le respect de la protection de la vie privée et de la sécurité passe par l’examen de la nécessité, de l’efficacité et de l’existence ou non de mesures de rechange. Pour réussir à garantir à la fois la protection de la vie privée et la sécurité, il faut :
Merci.