Professionnels de la sécurité informatique pour Calgary

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Le 6 mai 2002
Calgary, Alberta

George Radwanski
Commissaire à la protection de la vie privée du Canada

(Le texte prononcé fait foi)


Permettez-moi d'abord de remercier les Professionnels de la sécurité informatique pour Calgary d'avoir bien voulu m'inviter à être des vôtres aujourd'hui. Par ces réunions mensuelles, vous restez à la fine pointe des questions de sécurité - de questions qui prennent de plus en plus d'importance dans notre société de la technologie.

Je sais que vous avez déjà beaucoup réfléchi à la sécurité, mais, cet après-midi, j'aimerais vous inviter à réfléchir à la vie privée et à examiner à certaines questions auxquelles vous n'avez peut-être pas pensé au sujet du droit à la vie privée.

Mais, permettez-moi d'abord de vous dire un mot de mon rôle de commissaire à la protection de la vie privée.

Je suis un mandataire indépendant du Parlement, ce qui signifie que je ne travaille pas pour le gouvernement et que je ne réponds pas au gouvernement. Je travaille uniquement pour la population du Canada, et je réponds uniquement à notre Parlement national.

Ma responsabilité, c'est de surveiller et de défendre les droits à la vie privée de tous les Canadiens et Canadiennes. Je suis chargé de surveiller deux lois importantes : la Loi sur la protection des renseignements personnels, qui s'applique à toutes les institutions fédérales, et la nouvelle Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, qui oblige le secteur privé à respecter de même nos droits à la vie privée. Je reviendrai sur cette dernière loi dans un instant.

Mon mandat est de faire respecter ces lois - et, plus généralement, de sensibiliser les Canadiens et Canadiennes à leurs droits à la vie privée.

Qu'est-ce donc que cette « vie privée » dont je parle – Pourquoi cette insistance sur sa protection – Pourquoi le Parlement a-t-il adopté ces lois – Et, de façon plus particulière, pourquoi devez-vous, vous les spécialistes de la sécurité informatique, vous préoccuper de vie privée ?

Pour commencer, la vie privée est un droit fondamental de la personne, un droit reconnu comme tel par les Nations Unies. En effet, c'est le droit dont découle toutes nos autres libertés : liberté de parole, liberté d'association, liberté de pensée, et à peu près n'importe quelle autre liberté à laquelle vous pourriez songer.

Pour moi, cela va presque de soi : Comment pourrions-nous être vraiment libres si chacun de nos gestes est épié, chacune de nos activités est connue, chacune de nos préférences est notée ?

Mais la vie privée c'est plus qu'un droit fondamental de la personne - c'est aussi un besoin inné de la personne. En rentrant chez vous le soir, vous fermez probablement les stores. Ce n'est pas que vous ayez quelque chose à cacher. C'est simplement que, d'instinct, vous avez besoin de votre vie privée, de ne pas être observé.

Si vous êtes dans un autobus ou dans un avion et que votre voisin se met à lire par-dessus votre épaule, cela vous met probablement mal à l'aise. Ce que vous lisez, ce n'est pas un secret, mais, quand même, on se trouve à violer votre vie privée.

Si vous avez déjà eu la visite de cambrioleurs chez vous, voire dans votre voiture, vous savez que le sentiment d'intrusion, de violation de votre vie privée, peut être plus douloureux encore que la perte de ce qu'on a pu vous voler.

Et pourtant, presque chaque jour, il s'invente de nouveaux moyens créatifs d'effriter ce besoin inné de la personne, ce doit fondamental de la personne - le droit à la vie privée. Parfois la diminution est subtile, et parfois c'est une attaque frontale massive - mais le processus est amorcé et c'est un défi que nous devons relever.

Pour cela, nous devons comprendre que la vie privée, ce n'est pas uniquement un droit individuel - c'est un bien commun. Elle est le reflet des décisions que nous avons prises comme peuple sur le mode de vie que nous voulons pour notre société.

Et parce que c'est une valeur commune, nous tous - collectivement - devons assumer la responsabilité de sa préservation.

Ce n'est pas une question d'équilibre entre le droit individuel à la vie privée et les intérêts de la société. C'est une question de comprendre que les intérêts de la société comprennent la vie privée des individus et que nous serons tous perdants si la liberté individuelle n'existe plus.

Cela ne veut pas dire que la vie privée est un droit absolu, qui prime sur tous les autres. Il y a des cas où elle doit s'effacer devant les intérêts supérieurs du public.

Mais le point de départ devrait être que chacun a droit à sa vie privée, le droit de contrôler l'accès à sa personne et à ses renseignements personnels.

C'est à ceux qui proposent de limiter le droit à la vie privée que doit toujours incomber le fardeau de la preuve et de la démonstration du besoin - pas à ceux d'entre nous qui voulons protéger ce droit.

En cas de conflit - et des conflits, il y en aura - il faut évaluer calmement et minutieusement chaque proposition qui limiterait notre droit à la vie privée, selon son bien-fondé intrinsèque et par rapport à quatre critères clés :

Peut-on démontrer qu'elle est nécessaire pour régler un problème précis ?

Peut-on démontrer qu'elle est un moyen efficace de régler le problème ?

La réduction de la vie privée est-elle proportionnelle à l'avantage recherché ?

Et n'y a-t-il pas un autre moyen moins intrusif d'arriver au même résultat ?

Jusqu'à tout récemment, notre vie privée était essentiellement protégée par les efforts à déployer pour la violer. Lorsque les renseignements personnels se trouvaient essentiellement dans des dossiers papier, conservés dans de multiples endroits, il fallait se donner pas mal de peine pour les localiser et les dépouiller.

Aujourd'hui, les nouvelles technologies de l'information ont éliminé les contraintes de temps, de distance et de coût. Armé d'un PC et d'un modem, à peu près n'importe qui peut dresser un profil pas mal complet de n'importe qui d'entre nous, en quelques minutes.

Et c'est sans parler de toutes les autres nouvelles technologies - de surveillance, de localisation, d'identification, d'analyse génétique - qui sont facilement accessibles et qui constituent une menace à notre vie privée.

Oui, à bien des égards et sur de nombreux fronts, notre vie privée est menacée comme elle ne l'a jamais été. Je vous donne quelques exemples.

De Vancouver à Halifax et dans des villes de tout le Canada, y compris Calgary, des dirigeants locaux songent à installer des caméras de surveillance vidéo policière dans les rues. Cela signifie que chaque pas que vous ferez dans les rues de nos villes canadiennes pourrait bientôt être épié, surveillé par les agents de l'État - c'est le 1984 d'Orwell, avec quelques années de retard.

Et les technologies biométriques déjà disponibles aujourd'hui permettent de numériser votre image, de la classer et de la comparer aux images de criminels connus ou suspects, ou de l'utiliser pour relier votre physionomie à votre nom, votre adresse et vos autres renseignements personnels.

La surveillance vidéo des rues publiques est présentée comme moyen de réduire la criminalité. La difficulté, c'est qu'il n'y a pas de preuve que cela soit nécessaire ou efficace.

Loin d'augmenter, les taux de criminalité au Canada n'ont pas cessé de régresser depuis cinq ans. Il est donc raisonnable de demander pourquoi nous avons besoin d'une nouvelle mesure aussi spectaculairement intrusive.

Qui plus est, il n'existe aucune preuve solide, nulle part dans le monde, que les caméras vidéo dans les rues sont un moyen efficace de réduction ou de dissuasion de la criminalité. Tout au plus, elles chassent les criminels loin des caméras.

Londres a plus de caméras de surveillance des rues que toute autre ville du monde occidental, et, l'an dernier, elle en avait encore plus que jamais auparavant. Et pourtant, l'an dernier, à Londres, la criminalité de rue a augmenté de 40 %.

Ainsi donc, ces caméras nous enlèvent de notre vie privée sans nous donner suffisamment en retour. Nous avons le droit de vaquer à nos occupations pacifiques, dans le respect de la loi, dans nos rues publiques, sans nous sentir sous l'oil vigilant et omniprésent des agents de l'État.

Voici, par ailleurs, un exemple très différent d'assaut contre la vie privée : ces sondages « anonymes » que vous recevez par la poste. Après vous avoir demandé toutes sortes de détails sur le genre de voiture que vous avez, ou les logiciels que vous utilisez, on vous pose encore des tas d'autres questions personnelles : votre âge, votre revenu, votre sexe, votre état matrimonial, vos intérêts, etc.

Et parce qu'on ne vous demande pas votre nom et votre adresse, vous êtes porté à être beaucoup plus candide dans ces sondages - qui, en fin de compte, sont « anonymes ».

Ce que nous oublions, c'est que l'entreprise qui parraine le sondage a pu cacher sur l'enveloppe de retour un code qui correspond à votre nom et votre adresse, et qui lui permet d'établir clandestinement l'identité de chaque répondant. Conclusion – Ne tenez jamais votre anonymat pour acquis - soyez toujours très prudent quant au genre de renseignements que vous donnez.

Quel mal y a-t-il à cela, me direz-vous – Qu'est-ce que cela change qu'on sache où je surfe ou quelles revues je lis, ou même ce que j'achète et où je vais ?

Ma foi, ce qui est grave, c'est qu'il est possible d'utiliser les renseignements d'une ou de plusieurs sources pour formuler à votre sujet des hypothèses qui peuvent transformer fondamentalement votre vie. Parfois, la plus simple des activités peut être interprétée de la plus bizarre des façons.

Mettons que vous allez à Las Vegas trois ou quatre fois par an visiter un proche ou un ami. Si vos habitudes de voyage étaient connues - par exemple, par quelqu'un qui aurait accès à votre compte de carte de crédit ou de débit - vous pourriez passer pour un joueur compulsif. Cela pourrait vous nuire lorsque viendrait le temps de changer d'emploi ou de contracter un emprunt bancaire.

Ou vous connaissez peut-être quelqu'un qui travaille dans une entreprise qui fait souvent cadeau de bouteilles de vin ou de spiritueux à sa clientèle. Il peut être celui qui est chargé d'aller acheter les spiritueux pour regarnir les stocks. Encore une fois, si ses habitudes d'achat étaient connues, on pourrait supposer qu'il a un gros problème de consommation d'alcool, ce qui aurait des conséquences fâcheuses sur bien des choses, comme sa capacité d'obtenir un meilleur emploi ou ses chances d'avoir de l'assurance.

Si vous devez passer votre vie à savoir que tous vos achats, tous vos déplacements, chaque personne que vous rencontrez, tout ce que vous pourriez faire, peut être observé, enregistré, scruté, catalogué, jugé, peut-être mal interprété et utilisé contre vous par des inconnus - si vous devez passer votre vie comme cela, vous n'êtes pas vraiment libre.

Vous y penserez peut-être deux fois avant d'effecteur un achat, par crainte de créer une mauvaise impression. Vous vous priverez peut-être de tel voyage, par crainte qu'on tire la mauvaise conclusion à votre sujet.

L'absence de vie privée nous enlève de notre liberté, et plus votre vie privée sera facile à violer - que ce soit par des intérêts privés ou par des agents de l'État - moins nous serons libres.

Donc, nous devons continuer d'insister sur un équilibre - un équilibre soigneusement raisonné - entre les besoins légitimes de l'application de la loi et de la sécurité, d'une part, et le besoin de protéger nos droits et libertés, de l'autre.

En outre, nous devons nous rappeler qu'un gouvernement assez omniprésent pour nous protéger contre tout danger serait assez omniprésent pour nous dépouiller de chacune de nos libertés.

Il ne faut pas non plus nous faire d'illusions et croire que les nouvelles intrusions du gouvernement ne seraient que pour un temps limité ou à une fin limitée. Ces choses-là ont la fâcheuse manie de se répandre, et non pas de se contracter; de s'enraciner davantage, et non pas de s'évaporer.

Rappelez-vous que l'impôt sur le revenu se voulait une mesure temporaire pour aider à financer la Première Guerre mondiale. Et les numéros d'assurance sociale ne devaient servir qu'à l'administration du système d'assurance sociale.

Donc, nous devons être très vigilants lorsque quelqu'un propose de limiter notre droit à la vie privée, juste pour un certain temps, ou juste parce que les avantages seront très intéressants.

De fait, j'estime que la protection de notre droit à la vie privée sera la question déterminante de notre décennie.

Yogi Berra avait l'habitude de dire que lorsque, lorsqu'on arrive à un embranchement de la route, il faut le prendre. Aujourd'hui, nous sommes à une importante croisée des chemins : nous avons un choix à faire entre abandonner notre droit à la vie privée et le défendre; entre baisser les bras et nous tenir debout.

Les décisions que nous prendrons détermineront - très littéralement - non seulement le genre de société que nous aurons pour nous-mêmes, mais encore le genre de société que nous léguerons à nos enfants et à nos petits-enfants.

Pourquoi – Parce que les choix que nous faisons aujourd'hui risquent d'être irrévocables, tant pour les individus que pour la société. Une fois perdu le droit à la vie privée, une fois que les renseignements privés vous concernant - exacts ou faux - sont du domaine public, il est à peu près impossible de les récupérer. Ce qui est connu ne peut pas devenir inconnu. Ce qui est appris ne peut pas devenir désappris.

Chaque fois que vous faites face à l'irréversible, il est payant de faire attention.

Exactement comme la mécanisation et la technologie de la révolution industrielle ont suscité d'importants nouveaux débats sur les salaires et les conditions de travail et les droits des travailleurs, de même l'ère de l'information soulève de nouvelles questions au sujet des droits individuels.

Oui, un grand nombre des progrès sociaux et technologiques du passé ont suscité des questions jusque-là inexplorées sur la façon sur notre organisation sociale, ou sur les rapports à entretenir entre citoyens.

Prenez le mouvement de libération de la femme des années 60 et 70. Des attitudes, des pratiques et des politiques qui étaient tout à fait acceptables dans le monde de « Leave it To Beaver » sont sacrilèges dans le monde d'« Ally McBeal ». Les lois discriminatoires ont été changées - ou abolies. De nouvelles politiques ont été mises en place. Le milieu de travail s'est transformé et une nouvelle façon de voir les choses s'est imposée.

De même, dans le mouvement environnemental, à commencer par le Rapport du Club de Rome en 1972 et jusqu'à la publication du Rapport Brundtland en 1987, il y a eu une remise en question fondamentale de notre relation avec le monde qui nous entoure.

Encore une fois, les lois ont changé et une nouvelle conscience est née. Par conséquent, le concept de développement durable n'est plus que le noble idéal qu'il était : il est devenu un principe de bonne pratique d'affaires, que de nombreuses sociétés ont intégré dans leurs opérations quotidiennes.

Aujourd'hui, je crois qu'une conscience semblable est en train de naître face au respect de la vie privée. On comprend qu'un droit qui était jadis tenu pour acquis risque maintenant d'être trop facilement supprimé.

Mais si la sensibilisation augmente, il est bien clair que nous avons encore un long chemin à parcourir. Et c'est là que vous intervenez.

Il y a quelques décennies, les employeurs disaient : « Les femmes ne veulent pas accéder aux postes de direction. Elles sont plus heureuses à la maison avec les enfants. »

Les pollueurs disaient : « L'environnement n'intéresse personne. Tout ce qui compte, ce sont les emplois. »

Puis, quelques braves au départ, suivis d'un nombre plus imposant, et enfin un raz-de-marée de l'opinion publique a commencé à dire : « Comment osez-vous dire cela ? »

Voilà ce qu'il nous faut aujourd'hui : une vague sans cesse croissance de respect pour les droits à la vie privée et de mépris pour l'arrogance de ceux qui osent la violer.

Mon travail de commissaire à la protection de la vie privée, c'est d'aider à soulever cette vague, d'être une de ces voix au départ perdues dans le désert sur certaines questions importantes de vie privée, et d'espérer que d'autres se joindront à moi.

J'ai besoin de l'aide de tous les Canadiens et Canadiennes - et particulièrement de gens comme vous, dont les compétences et l'expertise sont précieuses - pour faire reconnaître et surmonter les grands obstacles à la vie privée.

Certes, le gouvernement a commencé à réagir. Il a fait un grands pas en faisant adopter la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques. Comme je l'ai déjà mentionné, cette loi vise à protéger les droits à la vie privée des Canadiens et Canadiennes dans leurs rapports avec le secteur privé.

C'est moi qui, avec mon Commissariat, en surveille l'application. Nous faisons respecter la loi, et apportons réparation.

Essentiellement, la Loi dit que, sous réserve d'exceptions très limitées, aucune organisation du secteur privé visée par la Loi ne peut recueillir, utiliser ou communiquer des renseignements personnels concernant un individu, sans son consentement.

En outre, les renseignements recueillis, utilisés ou communiqués peuvent l'être à la seule fin pour laquelle l'individu a donné son consentement. Et, même avec ce consentement, l'organisation ne peut recueillir que les renseignements qu'une personne raisonnable estimerait acceptables.

La Loi donne aussi aux individus le droit de consulter les renseignements personnels qui ont été recueillis à leur sujet et de corriger les erreurs.

Pour l'instant, la Loi s'applique aux parties du secteur privé qui sont sous réglementation fédérale : les banques, les transports, les télécommunications et la radiotélévision. Elle s'applique aussi à la vente de renseignements personnels à l'extérieur de la province ou du pays, ainsi qu'à toutes les entreprises des territoires et aux renseignements personnels sur la santé dans les entreprises fédérales de toutes les provinces.

En 2004, elle s'appliquera à toutes les transactions commerciales au Canada, sauf dans les provinces qui se seront donné une loi essentiellement similaire. Dans ces cas-là, la loi provinciale s'appliquera au secteur privé sous réglementation provinciale. La Loi continuera de s'appliquer aux entreprises fédérales dans toutes les provinces.

En fin de compte, les droits à la vie privée des Canadiens et Canadiennes qui traiteront avec le secteur privé seront protégés, de l'Atlantique au Pacifique.

Comme je l'ai dit, c'est un grand pas en avant. Mais ce n'est pas suffisant. Pour vraiment provoquer les changements d'attitudes qu'exige la protection de notre vie privée, il nous faut non seulement des lois, mais aussi l'adhésion des Canadiens et Canadiennes. Et vous, qui êtes dans la sécurité informatique, vous avez un rôle crucial à jouer.

Pour comprendre pourquoi, permettez-moi de revenir au concept de la vie priée et d'expliquer en quoi il diffère de la sécurité et de la confidentialité.

La vie privée, c'est notre droit fondamental, comme individus, de contrôler la collecte, l'utilisation et la communication de renseignements nous concernant. Le droit à la vie privée veut dire que les individus décident eux-mêmes quels renseignements et combien de renseignements donner, à qui les donner, et à quelles fins.

La confidentialité, c'est autre chose. C'est l'obligation du dépositaire de protéger les renseignements personnels qui lui ont été confiés. Une promesse de confidentialité impose le devoir de diligence de maintenir le secret des renseignements, et ne pas les communiquer abusivement ou à tort.

La sécurité, c'est aussi autre chose. C'est le processus d'évaluation des menaces et des risques pour les renseignements, et la prise de mesures pour protéger les renseignements contre l'accès, l'utilisation, l'intrusion, la perte ou la destruction non autorisées ou accidentelles.

La vie privée impose l'obligation de confidentialité et la responsabilité de la sécurité. Vous devez respecter d'abord le droit à la vie privée, avant de vous occuper de confidentialité et de sécurité.

Si vous ne respectez pas la vie privée - si vous recueillez, utilisez ou communiquez des renseignements concernant un individu, sans son consentement - la confidentialité et la sécurité perdent tout leur sens. Si vous chiffrez les renseignements et les protégez avec les meilleurs pare-feu, vous en aurez probablement assuré la sécurité. Mais cela ne change pas l'essentiel si vous avez déjà violé la vie privée de l'individu.

À l'inverse, l'organisation peut avoir les meilleures pratiques de protection de la vie privée au monde. Si elle n'a pas la sécurité informatique qu'il faut, les renseignements personnels risquent de se retrouver entre les mauvaises mains - et la vie privée sera violée. La sécurité est cruciale. Votre rôle est crucial.

Certains ont affirmé que, tout comme elle a créé de nouvelles menaces à la vie privée, l'informatique trouvera bien des solutions. Je suis d'accord, mais je ne pense pas que c'est la technologie qui nous sauvera. J'estime, au contraire, que ce sont des personnes comme vous qui pouvez apporter une nouvelle vision des choses et une nouvelle sensibilisation à nos impératifs de vie privée.

Je m'explique. Aujourd'hui, de spectaculaires nouvelles percées en anonymisation, chiffrement et cartes à mémoire contrôlées par l'utilisateur sont présentées comme la solution. Mais je dois confesser que je ne pas un inconditionnel de la recherche de solutions technologiques aux problèmes de protection de la vie privée.

Et voici pourquoi. Toutes les « solutions » proposées - les anonymiseurs, le chiffrement - sont essentiellement un système pour le « refus technologique ». Autrement dit, elles obligent les individus à dire à ceux qui veulent utiliser leurs renseignements privés qu'ils ne le veulent pas - qu'ils refusent.

Dans le monde du crayon et du papier, les systèmes de refus nous obligent à cocher une case pour dire que nous ne voulons pas du « livre du mois » ce mois-ci; ou à envoyer une lettre pour dire que nous ne voulons pas figurer sur la liste d'envoi de telle entreprise.

Si nous n'exerçons pas notre option de refus, ils font comme si nous avions consenti. Selon moi, ce n'est pas la meilleure façon de protéger la vie privée.

En fin de compte, le consentement est la clé de la protection de la vie privée. Le refus passif est une forme très faible de consentement. Il suppose que vous avez consenti, à moins que vous n'indiquiez le contraire.

Je répète : la vie privée est un droit fondamental de la personne. Nous ne devrions pas avoir à nous mettre sur la sellette - sellette technologique ou autre - pour la protéger.

Dans le cybermonde, le réglage par défaut devraient être celui qui protège la vie privée, et pas celui qui nous oblige à récrire le programme. Tout comme dans le monde du crayon et du papier, il y a une foule de circonstances où vous ne devriez pas avoir à marquer un refus pour faire respecter votre vie privée.

Ce que je dis, c'est ceci : Ne construisez pas de systèmes qui violent la vie privée.

Les sociétés, les organisations et les institutions doivent, comme l'a magnifiquement dit Stephen Covey, « commencer en pensant à la fin » - en faisant de la vie privée leur premier point de réflexion - plutôt que d'y réfléchir après coup.

La meilleure façon d'y arriver, c'est d'effecteur une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée pour chaque système d'information auquel vous travaillez.

Je suis ravi que le gouvernement fédéral vienne de se donner une Politique sur l'évaluation des facteurs relatifs à la vie privée. Il y a plus d'un an que je préconisais cette politique, et le Canada est aujourd'hui le seul pays du monde à exiger des évaluations des facteurs relatifs à la vie privée avant de financer quelque projet ou service.

Si ces genres d'évaluations sont nouveaux pour vous, confiez-les à quelqu'un qui s'y connaît en protection de la vie privée. Demandez-lui de vous faire les mises en garde nécessaires s'il décèle des faiblesses dans votre plan.

De quoi aurait donc l'air un système d'information respectueux de la vie privée – Voici deux suggestions rapides.

Tout d'abord, l'anonymat doit être le point de départ. Autrement dit, si les personnes peuvent conserver leur anonymat dans leurs rapports avec vos systèmes, permettez-leur de le faire. S'il n'est pas nécessaire qu'elles précisent leur identité, ne les y obligez pas. Concevez plutôt votre système pour qu'il reflète la façon dont les personnes veulent être traitées - dans le respect de leur vie privée.

En second lieu, si vous devez établir des identités, si vous devez faire de l'authentification, intégrez la protection des renseignements personnels dans le processus d'authentification. Ne laissez pas une carte à mémoire ou un identificateur devenir une passerelle donnant accès à chaque source possible d'information. Utilisez des cartes multiples. Les cloisons entre bases de données ne sont pas toutes mauvaises. La perte d'« efficacité » sera amplement épongée par l'augmentation de protection de la vie privée et, oui, de gratitude de la part de la clientèle.

Et qu'entendons-nous, de toute façon, par « efficacité » – L'efficacité n'est que la relation entre la fin et les moyens. Si la fin est la protection de la vie privée de la clientèle, alors le système le plus efficace est celui qui la met au cour du système.

Je me résume. La vie privée est un droit fondamental de la personne. Cela, nous le savons tous par intuition. Aujourd'hui, des technologies nouvelles et intrusives menacent ce droit. Notre réaction dét

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