Le travail et le jeu à l’ère du réseautage social

Cette page Web a été archivée dans le Web

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Commentaires lors de la Conférence KnowledgeNet de l’IAPP

Le 12 mai 2010
Calgary (Alberta)

Allocution prononcée par Elizabeth Denham
Commissaire adjointe à la protection de la vie privée du Canada

(La version prononcée fait foi)

Versión en español


Introduction

Bonjour! On m’a demandé de vous parler du réseautage social au travail. Cette question est d’actualité pour de nombreuses organisations —elle est à l’étude au Commissariat depuis quelques années seulement.

Le réseautage social connaît une popularité fulgurante que personne n’aurait pu prédire.

Aujourd’hui, neuf jeunes canadiens sur dix socialisent en ligne de façon régulière. Des sites tels que MySpace, Facebook, Friendster, LinkedIn, LiveJournal, Twitter et Bebo sont devenus une façon extrêmement populaire pour les gens de communiquer entre eux. Plus de 40 % des Canadiennes et Canadiens sont actuellement présents sur Facebook.

Que nous soyons confrontés à certains défis posés par le réseautage social dans le lieu de travail n’a rien d’étonnant : nous voyons beaucoup de gens vivre leur vie en ligne, et une bonne partie de leur vie se passe au travail.

Le dictionnaire anglais Macmillan reconnaît déjà officiellement le terme « dooced » — qui veut dire être congédié pour quelque chose que vous avez écrit sur un blogue Internet.

Il me semble qu’un facteur important à l’origine du problème que nous observons dans ce domaine est le fossé important qui existe entre la façon dont les employeurs et les employés perçoivent le lieu de travail, le respect de la vie privée et le réseautage social.

Ce matin, je voudrais vous faire part de certaines réflexions sur la façon dont nous pouvons combler ce fossé.

Mais tout d’abord, j’ai pensé qu’en raison de la pertinence du sujet pour notre thème principal, vous pourriez être intéressés à entendre une brève mise à jour sur l’enquête que mène le Commissariat au sujet des politiques et des pratiques de Facebook en matière de protection des renseignements personnels.

Enquête sur Facebook

Bon nombre d’entre vous se rappelleront que notre histoire avec Facebook a débuté en 2008, lorsque la Clinique d’intérêt public et de politique d’Internet du Canada, de l’Université d’Ottawa, a déposé une plainte auprès du Commissariat.

La portée et la complexité de l’enquête représentaient du jamais vu au Commissariat. Nous avons terminé l’enquête en juillet dernier et avons rendu publiques nos constatations — et le fait que nous n’avions pas pu parvenir à une entente sur certaines préoccupations.

Facebook avait 30 jours pour donner suite à nos recommandations. Dans les semaines qui ont suivi la publication de notre rapport, il y a eu beaucoup de discussions et de négociations entre le Commissariat et l’entreprise.

Règlement

Enfin, à la fin août, nous avons été en mesure d’annoncer que Facebook avait accepté d’apporter d’importantes modifications au niveau technique et à celui des politiques pour répondre à nos préoccupations. De plus, Facebook prenait l’engagement d’appliquer ces changements à l’ensemble de ses opérations mondiales, afin que les 400 millions d’utilisateurs de son service dans le monde puissent en profiter.

Pour nous, la question la plus importante sur le plan de la protection des renseignements personnels touche aux développeurs indépendants du million et plus de jeux, de jeux-questionnaires et d’autres applications qui sont offertes sur la plateforme Facebook.

Nous étions gravement préoccupés par le fait que les utilisateurs qui téléchargeaient ces programmes donnaient à des développeurs inconnus, répartis dans 180 pays à l’échelle du monde, un accès pratiquement illimité aux renseignements de leur profil et à ceux de leurs amis sur Facebook.

L’entreprise a finalement accepté de modifier sa plateforme d’applications pour empêcher les tiers développeurs d’applications d’avoir accès à des renseignements personnels avant d’avoir obtenu le consentement exprès des utilisateurs pour chaque catégorie d’information à laquelle ils veulent avoir accès. Facebook a affirmé qu’il lui faudrait une année pour apporter ces modifications.

Facebook a aussi convenu d’apporter d’autres changements pour donner aux utilisateurs de meilleures mesures de protection de leurs renseignements personnels, ainsi qu’un droit de regard plus informé et plus significatif sur la façon dont leurs renseignements sont recueillis, utilisés et communiqués.

Suivi

Au cours des mois qui ont suivi le règlement, nous avons surveillé les progrès faits par l’entreprise. Bien que nous ayons observé certains changements très positifs, ce qui s’est produit depuis n’est pas nécessairement de bon augure. L’entreprise a apporté des changements qui ont été vivement critiqués parce qu’ils semblent constituer une atteinte à la vie privée.

En janvier, nous avons reçu une nouvelle plainte, qui fait actuellement l’objet d’une enquête. Le mois dernier, Facebook a annoncé une autre série de changements importants que nous examinons.

Ce que nous avons observé au cours des derniers mois représente une évolution significative de la philosophie de Facebook en matière de respect de la vie privée. En effet, Mark Zuckerberg, chef de la direction de Facebook, a indiqué publiquement que la norme sociale avait évolué pour s’éloigner de la protection de la vie privée et passer à un partage encore plus grand des renseignements personnels.

Évidemment, à titre de responsable de la protection de la vie privée, nous sommes préoccupés par la possibilité que les gens aient encore moins d’options pour la protéger.

Au bout du compte, nous espérons que les gens pourront participer aux réseaux sociaux sans devoir renoncer à un niveau significatif de contrôle sur leurs renseignements personnels.

La LPRPDE et l’univers en ligne

Notre enquête au sujet de Facebook a engendré un avantage indirect qu’il vaut la peine de souligner.

Elle a démontré l’efficacité de l’approche pragmatique, fondée sur des principes, de la LPRPDE. Ainsi, en s’appuyant sur des affaires judiciaires et des enquêtes précédentes, ce dossier a démontré que la LPRPDE pouvait s’appliquer à la collecte commerciale des renseignements personnels de Canadiennes et Canadiens par des entités étrangères, même lorsqu’elles exercent leurs activités uniquement en ligne.

Le Web 2.0 demeure encore une frontière mal balisée. Bien que cet univers peu exploré ait trouvé de nombreux moyens de se discipliner, certains aspects, comme la protection de la vie privée, requièrent tout simplement l’apport supplémentaire de lois réelles.

Je ne voudrais pas omettre de mentionner également que nous croyons que les gens ont aussi la responsabilité de s’occuper de leurs affaires — de conserver le contrôle, pour ainsi dire, des données qui les concernent.

Néanmoins, pour divulguer seulement les renseignements qu’ils veulent transmettre — et seulement aux amis avec lesquels ils souhaitent les partager — les utilisateurs doivent pouvoir exercer un contrôle significatif sur leurs renseignements personnels. C’est pourquoi le site doit communiquer à ses utilisateurs des renseignements compréhensibles sur ses politiques de confidentialité et la manière de tirer le meilleur parti des paramètres de protection de la vie privée.

Lorsque nous traitons avec une cyberentreprise, notre objectif est simplement de faire valoir que, même lorsqu’une personne décide de partager une partie de sa vie avec d’autres personnes en ligne, elle n’abandonne pas pour autant le droit d’exercer un contrôle sur ses renseignements personnels.

C’est un point sur lequel je reviendrai un peu plus tard lorsque nous aborderons le thème principal de la journée — le réseautage social dans le contexte du milieu de travail.

Aperçu — Réseautage social et milieu de travail

Nous avons parlé de la façon dont les gens de partout au monde ont adopté le réseautage social comme moyen de rester en contact avec leurs amis — et de s’en faire de nouveaux.

Le réseautage social est aussi devenu un outil pour partager des idées avec des collègues. Ces sites sont devenus des outils indispensables pour les professionnels qui souhaitent demeurer au fait de ce qui se passe dans leur discipline.

Ce que nous tentons encore de déterminer est où exactement se situe la ligne de démarcation entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Et certains n’y arrivent pas très bien.

Nous avons tous vu les manchettes relatant le cas d’employés qui n’avaient pas réussi à tracer la ligne entre la vie personnelle et la vie professionnelle…

Diapositive : Des employés de Santé Canada s’amusent en ligne

http://www.ottawasun.com/news/canada/2010/04/23/13689051.html#/news/canada/2010/04/22/pf-13688256.html [en anglais seulement]

Ce reportage nous apprend que des douzaines d’employés de Santé Canada ont été pris à passer beaucoup de temps à naviguer sur le Web, à vérifier leurs courriels personnels, à lire les nouvelles, à regarder des vidéos ou à jouer à des jeux en ligne pendant qu’ils sont au travail.

Diapositive : Congédiés en raison de Facebook : 8 % des sociétés américaines ont congédié des employés pour usage répréhensible des médias sociaux

http://mashable.com/2009/08/10/social-media-misuse/ [en anglais seulement]

Dans ce cas, une jeune femme du Royaume-Uni a écrit sur Facebook combien elle détestait son emploi et son patron. Malheureusement, elle avait oublié qu’elle avait ajouté le nom du patron en question parmi ses amis. Inutile de dire que ce dernier n’a pas été impressionné et il a répondu :

Ce « sacré truc » s’appelle votre emploi; vous savez, ce pour quoi je vous paie. Mais le fait que vous semblez pouvoir « saboter » les tâches les plus simples pourrait influer sur la façon dont vous vous sentez au travail. Enfin, vous semblez aussi avoir oublié qu’il reste encore deux semaines dans votre période de probation de six mois. Ne vous donnez pas la peine d’entrer au travail demain.

Diapositive : Équipage congédié pour avoir proféré des insultes sur le Web

http://news.sky.com/skynews/Home/UK-News/Virgin-Atlantic-Fires-13-Cabin-Crew-Staff-After-They-Criticised-The-Airline-In-A-Facebook-Group/Article/200810415139568 [en anglais seulement]

Virgin Atlantic a congédié 13 membres d’équipage qui avaient affiché des commentaires sur Facebook. À ce qu’il paraît, ils auraient insulté des passagers et affirmé que les appareils de la société étaient envahis de coquerelles. Un porte-parole de Virgin aurait déclaré qu’il y a un moment et un endroit pour Facebook et que rien ne justifie que des employés de quelque compagnie que ce soit utilisent ce média pour critiquer les passagers qui, en définitive, paient leurs salaires.

Diapositive : Des infirmières congédiées pour avoir diffusé en ligne des photos d’un patient et d’un jouet sexuel

http://www.foxnews.com/story/0,2933,501806,00.html?sPage=fnc/health/incrediblehealth) [en anglais seulement]

Je laisse cette manchette parler d’elle-même…

Diapositive : Une femme souffrant de dépression perd ses prestations après avoir affiché des photos sur Facebook

http://www.cbc.ca/canada/montreal/story/2009/11/19/quebec-facebook-sick-leave-benefits.html [en anglais seulement]

Voici le cas d’une femme du Québec, en congé de maladie de longue durée, qui a perdu le droit de toucher des prestations après avoir affiché des photos sur Facebook. Elle affirme qu’un agent d’assurance lui a dit que des photos d’elle la montrant en vacances à la plage et dans un bar Chippendales démontraient qu’elle ne souffrait plus de dépression.

Diapositive : La couverture du dirigeant du MI6 compromise après que son épouse ait affiché des photos de vacances sur Facebook

http://www.telegraph.co.uk/news/newstopics/politics/lawandorder/5745124/MI6-chiefs-cover-is-blown-by-wifes-holiday-snaps-on-Facebook.html [en anglais seulement]

Et puis, évidemment, il y a l’histoire de l’espion qui revenait de la plage. Vous vous souviendrez peut-être d’avoir entendu parler de l’épouse du dirigeant du service du renseignement britannique qui a affiché sur Facebook des photos de leurs vacances — sans utiliser aucune mesure de protection des renseignements personnels.

Diapositive : Revanche sur Facebook. La fille de Fritz Henderson, chef de la direction de GM, règle ses comptes en ligne

http://business.timesonline.co.uk/tol/business/industry_sectors/engineering/article6941403.ece [en anglais seulement]

Voici ce que la fille du chef de la direction de General Motors a affiché sur la page

Facebook de GM après que son père ait été remercié. Elle utilise des mots vulgaires à profusion. Disons seulement qu’elle termine en promettant de ne plus jamais acheter quoi que ce soit de cette entreprise maudite.

Diapositive : L’épouse de Dion se défoule?

http://www.theglobeandmail.com/news/politics/ottawa-notebook/dions-wife-goes-rogue/article1372858/ [en anglais seulement]

L’épouse de Stéphane Dion s’est aussi servie de Facebook pour exprimer son mécontentement à l’égard du Parti libéral après qu’il ait remplacé Dion par Michael Ignatieff, ce qui a mis fin à une entente destinée à former une coalition avec le Bloc et le NPD. Dans son message, qui s’est retrouvé dans le Globe and Mail, elle affirme que le Parti libéral tombe en ruine et ne s’en remettra pas; elle poursuit en blâmant l’élite de Toronto pour cet état de choses.

Diapositive : Plus d’employeurs utilisent les réseaux sociaux pour vérifier les antécédents de candidats

http://bits.blogs.nytimes.com/2009/08/20/more-employeurs-use-social-networks-to-check-out-applicants/ [en anglais seulement]

Ce qui est difficile à trouver, ce sont des histoires de gens qui n’ont pas obtenu un emploi parce que l’employeur éventuel a vérifié leur profil de réseautage social. Je soupçonne que cette pratique est aujourd’hui assez répandue.

Questions-clés

Cet échantillon restreint, tiré des très nombreux incidents qui se sont déjà produits, nous donne une idée de l’étendue des enjeux touchant à la protection de la vie privée en milieu de travail que soulève la popularité des sites de réseautage social…

  • L’utilisation des réseaux sociaux par les employés durant les heures de travail — et la surveillance exercée à cet égard. Une question connexe est la possibilité que la fréquentation de certains sites accroisse le risque de télécharger involontairement des virus ou des maliciels sur le réseau de l’employeur.
  • Les employeurs qui sélectionnent des candidats après avoir fait une vérification de leur profil sur des sites de réseautage social.
  • Les patrons qui surveillent ce que les employés font durant leurs temps libres par le biais des sites de réseautage social.
  • Les entreprises et les patrons surveillent ce que les employés disent à leur sujet — et au sujet de leurs clients.
  • Un autre enjeu est lié au nombre croissant d’entreprises qui utilisent les médias sociaux pour promouvoir leurs produits en ligne et recueillir de l’information sur ce que les gens disent de leurs produits. Même le Commissariat fait une grande utilisation des outils offerts par les médias sociaux pour diffuser son message en matière de protection de la vie privée. Nous bloguons et nous twittons. Ce genre d’utilisation ne soulève vraisemblablement pas de problème sur le plan du respect de la vie privée.

Le fossé numérique

Ce qui ressort de plusieurs des histoires que je viens de présenter est le profond fossé qui existe entre ce que pensent les employés et ce que pensent les employeurs.

En fait, l’unité chargée de la protection de la vie privée et de la cybercriminalité de l’Université Ryerson mène actuellement une recherche très intéressante — financée dans le cadre du Programme des contributions du Commissariat — qui confirme que les jeunes et les patrons envisagent souvent de façon totalement différente la protection des renseignements personnels en ligne.

Les chercheurs ont réalisé un sondage auprès des jeunes et ils ont interviewé des responsables de tout un éventail d’organisations. Ils ont observé un fossé numérique important entre la génération des jeunes Canadiennes et Canadiens et la génération des gestionnaires et des dirigeants pour qui travaillent ces jeunes.

Ces jeunes croient en la confidentialité des réseaux, c’est-à-dire qu’ils considèrent que les renseignements personnels sont confidentiels aussi longtemps qu’ils se limitent à leur réseau social.

Mais les gestionnaires sont d’avis que l’information affichée en ligne est de nature publique et ne mérite aucune protection.

Il me semble que ce fossé devient encore plus important lorsque des sites tels que Facebook s’éloignent de ce qui était souvent présenté à l’origine comme un lieu fermé et privé où des amis pouvaient converser, pour devenir un environnement ouvert relié à une multitude de sites et de groupes extérieurs.

Si les utilisateurs ne sont pas pleinement conscients de cette évolution, il en découle des conséquences pour l’utilisation de ces sites en milieu de travail et par des employeurs éventuels.

Nous constatons que les utilisateurs comprennent mal les risques qui existent sur le plan de la confidentialité dans un contexte propice aux confidences, où les rapports sont à la fois intimes et immédiats. Plusieurs utilisateurs ne saisissent pas encore pleinement tout ce qui peut arriver à des renseignements personnels une fois qu’ils se trouvent en ligne.

Le fait que le réseautage social soit utilisé pour le travail et pour le plaisir rend encore plus floue la ligne de démarcation entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, et des gens peuvent alors se retrouver en sérieuse difficulté.

Examinons plus attentivement certains des enjeux qui se posent…

Utilisation des réseaux sociaux au travail

Un employeur devrait-il permettre à ses employés d’utiliser les sites de réseautage social au travail?

Certaines entreprises bloquent l’accès à tous les sites de réseautage social au travail. Une étude réalisée pour le compte de Robert Half Technology, une entreprise de recrutement de personnel de TI, a révélé qu’un peu plus de la moitié des entreprises américaines interdisaient à leurs employés d’utiliser Twitter, Facebook, LinkedIn et MySpace au travail.

Mon opinion personnelle sur cette pratique — à titre de mère de quatre enfants dans la vingtaine — est que les jeunes que vous tentez d’attirer dans votre organisation ne seront pas particulièrement enthousiasmés par ce genre de politique. Dans leur monde, les sites de réseautage social sont aussi essentiels que peut l’être le téléphone comme outil de communication.

Cependant, cela s’accompagne manifestement de certains risques.

Une étude a révélé que la productivité des employés diminuait de 1,5 % dans les entreprises qui permettaient à leurs employés d’avoir librement accès à Facebook.

Il y a aussi une préoccupation croissante à l’égard des pirates informatiques qui utilisent des sites tels que Twitter et Facebook pour infecter les ordinateurs avec des maliciels.

Et si les employés sont libres d’utiliser un site de réseautage social au travail, cela accroît-il le risque qu’ils puissent divulguer un secret d’entreprise par inadvertance?

Enfin, si une organisation permet à ses employés de fréquenter des sites de réseautage social, surveillera-t-elle l’usage qui en est fait pour s’assurer que cela n’entre pas en conflit avec le travail?

Dans la perspective de la protection des renseignements personnels, ce qui est important est d’indiquer clairement à vos employés ce qui est permis et ce que l’entreprise fera pour s’assurer que ses règles sont respectées.

Le Commissariat a conçu une fiche d’information sur la protection de la vie privée et le réseautage social au travail qui vise à conseiller les organisations sur les questions dont elles devraient tenir compte. Cette fiche se trouve sur notre site Web.

Voici quelques points qu’il faut garder à l’esprit :

  • Les employés devraient savoir que, sous réserve des politiques et des règles applicables à leur lieu de travail, certaines organisations surveillent les activités de leurs employés sur les sites de réseautage social.
  • Les employés devraient être conscients que lorsqu’ils utilisent des sites de réseautage social dans le contexte de leur travail — y compris un site hébergé par leur employeur — leurs renseignements personnels peuvent être recueillis, utilisés et communiqués par l’employeur. Cela peut englober les commentaires et les renseignements affichés en dehors des heures de travail sur des questions traitant de leur lieu de travail ou qui pourraient d’une autre façon concerner l’employeur.
  • Les employeurs devraient considérer que le fait de surveiller leurs employés en consultant des sites de réseautage social personnels ou liés au travail équivaut à recueillir des renseignements personnels qui pourraient être assujettis aux lois sur la protection des renseignements personnels applicables là où ils se trouvent.

Vérification des antécédents sur Facebook

Le Commissariat reçoit de plus en plus d’appels de Canadiennes et Canadiens préoccupés par le fait que leur employeur — ou un employeur potentiel — vérifie leur profil sur Facebook ou fait une recherche à partir de leur nom sur Google pour voir ce qui en ressortira.

Il existe un groupe sur Facebook appelé : Employeurs Using Facebook as a Background Check is Wrong!! (L’utilisation de Facebook par des employeurs pour vérifier des antécédents est inacceptable!)

Stephanie : (http://www.facebook.com/group.php?gid=65066300672)

Des enquêtes menées auprès d’entreprises montrent que le nombre d’employeurs qui consultent des profils sur Facebook plutôt que de se fier au CV d’un candidat et à une vérification des références augmente rapidement.

Dans un sondage réalisé aux États-Unis en 2009, 45 % des employeurs ont indiqué qu’ils utilisaient les sites de réseautage social pour faire des vérifications au sujet de candidats à des postes. Plus du tiers des employeurs n’ont pas embauché un candidat en raison de ce qu’ils ont trouvé en ligne — photos déplacées, allusions à la consommation d’alcool et de drogue, ou commentaires négatifs au sujet d’un ancien employeur.

La Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE) couvre les relations employé-employeur dans les secteurs relevant de la réglementation fédérale, comme les transports et les télécommunications.

Bien que nous n’ayons pas encore fait d’enquête dans une plainte portant sur l’utilisation non déclarée des sites de réseautage social pour vérifier des antécédents, mon impression est que la LPRPDE interdirait cette forme de collecte de renseignements personnels.

La LPRPDE impose certaines balises qui relèvent tant du consentement que du principe de l’exactitude.

Dans bien des cas, les employeurs ne disent même pas aux candidats qu’ils font ces vérifications.

Cependant, certaines organisations deviennent plus franches au sujet de cette pratique — et elles demandent le consentement des personnes concernées. Dans certains cas, elles demandent même la permission de rechercher des données qui ont été supprimées des sites de réseautage social.

Ian Kerr, spécialiste de la protection des renseignements personnels à l’Université d’Ottawa, affirme que certains de ses étudiants postulant un emploi dans un cabinet d’avocats se voient demander de signer une renonciation par laquelle ils consentent à ce que le cabinet consulte leur profil. Mais la renonciation signifie aussi que le candidat consent à ce que des fournisseurs d’applications puissent « déterrer » les renseignements qui se trouvent dans les coulisses d’un site de réseautage social. Cela donne accès aux renseignements déjà supprimés et aux données sur les sites que l’utilisateur a consultés.

Le déséquilibre des pouvoirs est évident : un étudiant de niveau universitaire qui est à la recherche de son premier emploi peut difficilement refuser d’acquiescer à une telle requête.

Mise en garde : le consentement en vertu de la LPRPDE n’est pas une panacée. La collecte de renseignements doit être raisonnable. En d’autres termes, une personne raisonnable jugerait-elle raisonnable que l’employeur consulte le profil personnel d’un candidat afin de déterminer s’il convient à un poste?

Faire des recherches en ligne pour mieux se renseigner sur les personnes qui postulent un emploi peut soulever un problème si cette pratique se substitue à une vérification plus officielle et approfondie des références.

Les employeurs et les recruteurs devraient savoir que les pages des sites de réseautage social risquent de renfermer des renseignements personnels inexacts, déformés ou désuets au sujet de candidats qui postulent un emploi. Ils doivent être prudents en utilisant une telle information.

Les employeurs et les recruteurs doivent aussi prendre garde d’utiliser les renseignements personnels recueillis sur des sites de réseautage social — ou de toute autre source en ligne — d’une manière qui pourrait constituer de la discrimination à l’égard d’un candidat ou d’un employé.

Surveillance des messages affichés par les employés

Toutes ces mises en garde s’appliquent aussi aux activités de surveillance des employés par le biais des sites de réseautage social.

Encore une fois, j’insisterais sur la nécessité pour les employeurs d’élaborer des lignes directrices et des codes de comportement au sujet de l’utilisation des sites de réseautage social. Plus précisément, les employeurs devraient indiquer :

  • Si l’organisation permet l’utilisation des sites de réseautage social personnels ou hébergés par l’employeur sur le lieu de travail;
  • Le cas échéant, dans quel contexte et à quelles fins peuvent-ils être utilisés?
  • Si l’employeur surveille les sites de réseautage social;
  • Quelles lois s’appliquent à la collecte, à l’utilisation et à la communication de renseignements personnels en milieu de travail?
  • Quelles autres règles pourraient s’appliquer à l’utilisation des sites de réseautage social au travail (conventions collectives; autres lois pertinentes);
  • Les conséquences du non-respect de la politique;
  • Toute autre politique existante au sujet de l’utilisation appropriée des réseaux électroniques du point de vue de la protection de la vie privée des employés et du traitement des renseignements confidentiels.

Les employeurs devraient expliquer dans un langage clair à leurs employés les raisons pour lesquelles il est important de protéger la confidentialité de certains renseignements personnels ou d’entreprise sur eux-mêmes, leurs collègues, les clients ou l’organisation.

De même, les employeurs doivent faire preuve de jugement et respecter les lois applicables sur la protection des renseignements personnels ou autres s’ils décident de recueillir, d’utiliser ou de communiquer de tels renseignements à partir de sites de réseautage social.

Une politique claire et avisée peut aussi aider à combler le fossé numérique auquel je faisais allusion plus tôt — les perceptions très différentes qu’ont les travailleurs et leurs patrons du respect de la vie privée.

Responsabilité des employés

En dépit de toutes les histoires d’horreur que j’ai entendues au sujet de personnes congédiées ou ayant fait l’objet de mesures disciplinaires à cause de messages qu’elles auraient affichés en ligne, il semble y avoir un manque chronique de sensibilisation à la nature intrinsèque des réseaux sociaux.

Il n’y a rien de privé lorsqu’on converse en ligne; c’est un message sur lequel nous insistons dans le matériel que nous diffusons à des fins éducatives. Même si vous utilisez les fonctions de confidentialité (ce que beaucoup de gens ne font pas), tout ce que vous entrez peut être partagé. Cette information est archivée. Elle se trouve quelque part… et cela, pour très longtemps.

Le meilleur conseil que je puisse donner aux employés actuels et futurs est le suivant : si vous ne voulez pas que votre patron voit quelque chose, ne l’affichez pas.

L’information véhiculée sur les réseaux sociaux peut sembler transitoire et banale, mais une fois publiée en ligne, elle devient permanente et peut être diffusée ou extraite par d’autres.

Le bon jugement est primordial lorsqu’on évolue sur Internet — dont la mémoire est perpétuelle.

Conclusion

Lorsque j’ai parlé de notre enquête au sujet de Facebook, je vous ai dit que nous étions guidés par l’important principe suivant : lorsque nous choisissons de partager en ligne des parties de notre vie avec d’autres, nous ne renonçons pas pour autant à notre droit de contrôler nos renseignements personnels.

Le même message s’applique dans le contexte du réseautage social dans le lieu de travail — mais il y a évidemment des différences, et un équilibre plus délicat est nécessaire.

Les travailleurs ont le droit à leur vie privée. En grande partie, ce qu’ils font durant leurs temps libres est de nature privée et ne concerne pas leur patron.

Cela dit, je pense qu’il convient de dire aux employés qu’il y aura des conséquences si les activités auxquelles ils s’adonnent dans leurs temps libres nuisent à l’organisation. Les personnes ont des droits mais les employeurs aussi.

Une franche discussion est nécessaire entre la direction et les employés au sujet de la nature de ces sites et des problèmes qu’ils peuvent soulever en milieu de travail.

La culture du milieu de travail varie d’un endroit à l’autre. Les commentaires publics d’un employé peuvent être jugés acceptables dans une organisation, mais pas dans une autre. La direction ne devrait pas présumer que les employés comprendront implicitement ce qu’il convient ou non de dire en ligne.

Nous avons déjà fait certains progrès sur ces questions relativement nouvelles de protection de la vie privée — de nombreuses organisations ont mis en place des politiques; beaucoup de patrons informent leurs employés sur ce qui est ou n’est pas approprié.

Mais il est clair qu’il reste beaucoup de travail à accomplir. Nous en sommes encore à comprendre les nouvelles règles sociétales de la voie tracée dans ce nouvel univers du réseautage social. À suivre.

Date de modification :