Communiqué

Cette page Web a été archivée dans le Web

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Londres, G-B, le 6 septembre 2002 - Le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, George Radwanski, a prononcé aujourd'hui le discours suivant à la London School of Economics lors d'une conférence organisée par le Privacy International et l'Electronic Privacy Information Center, dans lequel il a abordé les enjeux liés à la protection de la vie privée un an après le 11 septembre.

À l'approche du premier anniversaire des événements tragiques du 11 septembre, il est très opportun de faire un retour sur la dernière année et de nous pencher sur les choix difficiles que nous avons eu à faire dans nos sociétés respectives, dans un monde soudainement différent.

Et il me fait particulièrement plaisir de participer à cette réflexion ici, à la London School of Economics, où bon nombre des grandes idées qui façonnent notre monde ont été examinées et débattues.

Aujourd'hui, l'idée la plus importante concerne l'équilibre approprié entre la sécurité et la vie privée. À cet effet, les choix faits en ce jour difficile par des sociétés libres et démocratiques du monde entier détermineront littéralement le genre de monde que nous créerons non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour nos enfants et nos petits-enfants. 

Je ne suis pas venu ici pour soutenir que la vie privée est un droit absolu - ni même qu'il ne pourrait pas y avoir de place pour de nouvelles entorses à la vie privée afin de faire face aux genres de menaces à la sécurité auxquels nous sommes confrontés.

Au Canada, j'ai bien établi qu'en tant que commissaire à la protection de la vie privée, mandataire devant le Parlement, je n'ai absolument pas l'intention de faire obstacle à la protection du public.

Mais lorsque les gens craignent pour leur sécurité, lorsque nous avons vu les horreurs dont sont capables les terroristes d'aujourd'hui - et peut-être que nous n'avons pas encore tout vu - c'est facile de perdre la notion des choses. C'est facile de tomber dans le piège qui consiste à penser que la sécurité prime tout et que la vie privée est un luxe.

Mais de tels excès ne peuvent que récompenser et encourager le terrorisme, non le diminuer. Ils ne peuvent que dévaster nos vies, non les sauvegarder.

Bien entendu, nous voulons tous nous sentir en sécurité. Mais nous pourrions nous protéger du terrorisme en évacuant de façon permanente toutes les hautes tours à bureaux; en fermant les souterrains; en immobilisant à jamais tous les avions.

Mais nulle personne raisonnable n'argumenterait en faveur de l'adoption de telles mesures. Nous dirions, « Nous voulons nous sentir en sécurité - mais pas au prix de tout notre mode de vie ».

Le même raisonnement devrait s'appliquer lorsqu'on nous propose que la vie privée devrait sans distinction être sacrifiée dans l'intérêt d'une meilleure sécurité.

La vie privée est un droit fondamental de la personne, reconnu comme tel par les Nations Unies. Comme l'a dit le juge La Forest de la Cour suprême du Canada, ce droit est « au coeur de la liberté dans un État moderne ».

Cela s'explique par le fait qu'il ne peut y avoir de véritable liberté sans vie privée. Si nous devons vivre nos vies en sachant qu'à tout moment quelqu'un - et plus particulièrement un agent de l'État - pourrait métaphoriquement ou bien littéralement être en train de regarder par-dessus notre épaule, nous ne sommes pas véritablement libres.

Si nous devons peser chaque action, chaque déclaration, chaque contact humain en nous demandant qui pourrait le découvrir, le prendre en note, le juger, le mal interpréter ou l'utiliser d'une toute autre façon contre nous, nous ne sommes pas véritablement libres.

En fait, nombreux sont ceux qui ont soutenu que la vie privée est le droit dont découlent toutes nos autres libertés - liberté de parole, liberté d'association, liberté de choix, ainsi que toutes les libertés auxquelles on peut penser.

Ceci explique le fait que l'absence d'une véritable vie privée est une caractéristique distinctive de tant de sociétés totalitaires. Et c'est pourquoi la vie privée et les autres libertés et valeurs chéries par nos sociétés respectives ne sont pas des caprices ou du luxe dans la situation
actuelle.

Le terrorisme n'est pas une action; c'est un effet. L'essence du terrorisme est l'impact qu'il est censé avoir sur ceux qui en sont témoins - la capacité de faire peur, de démoraliser, de miner la volonté d'une société de résister aux exigences des terroristes.

Habituellement, il s'agit de quelque chose d'assez spécifique - l'indépendance d'une région particulière ou l'instauration d'une certaine forme de gouvernement. Mais de toute évidence, les buts du mouvement terroriste actuel sont beaucoup plus vastes et diffus - c'est la nature même de la société américaine, et par extension de toutes nos sociétés occidentales, que les terroristes cherchent à attaquer et à miner. Nos libertés et nos valeurs, incluant l'importance du droit à la vie privée, sont précisément la cible.

Loin d'assurer notre sécurité, chaque acte irréfléchi visant à réduire ces libertés - chaque empiètement inutile sur la vie privée - serait une victoire pour le terrorisme, une preuve de sa capacité à semer la confusion dans notre société qui ne pourrait qu'encourager de nouveaux actes de violence.

Je sais que c'est devenu presqu'un cliché que de dire que si nous faisons ou si nous ne faisons pas ceci ou cela, « les terroristes l'emportent ». Mais lorsqu'il s'agit de sacrifier un droit fondamental comme la vie privée, vous n'avez pas à me croire sur parole.

Pensez plutôt aux mots d'une personne d'autorité en ce qui concerne les buts des terroristes du 11 septembre : Osama bin Laden. Dans une déclaration faite environ un mois après les attaques, ce dernier a prédit que « la liberté et les droits de la personne en Amérique sont condamnés. Le gouvernement des États-Unis entraînera le peuple américain - et l'Ouest en général - dans un enfer insupportable et une vie étouffante. »

Les attaques du 11 septembre ont brisé de grands tabous. Elles ont porté atteinte au concept même de civilisation, de comportement civilisé, tel que nos sociétés l'entendent. Il ne fait aucun doute qu'elles ont percé un trou dans le tissu de toutes nos sociétés occidentales.

Notre défi consiste à raccommoder d'urgence ce trou et à renforcer le tissu, en réaffirmant avec d'autant plus de vigueur et de clarté les droits, libertés et valeurs qui définissent notre mode de vie.

Ainsi, en ce qui a trait à la vie privée - ce droit fondamental - notre défi, dans votre société comme dans la mienne, consiste à nous prémunir contre les intrusions fondées sur le réflexe, la commodité ou des motifs secrets.

Nous devons éviter de tomber en proie à l'illusion qu'une érosion systématique de la vie privée est un moyen raisonnable, nécessaire ou efficace d'assurer notre sécurité.

Nous devons nous prémunir contre la tendance des gouvernements de créer de nouvelles bases de données qui violent la vie privée, en justifiant de circonstances exceptionnelles en vue d'accroître la sécurité, tout en cherchant à utiliser cette information dans une panoplie d'autres buts gouvernementaux ou qui ont trait à l'application de la loi et qui n'ont rien à voir avec la lutte au terrorisme -  pour la simple raison que cette information existe.

Et nous devons nous protéger contre l'ardeur des corps policiers et autres agences de l'État à utiliser la réponse aux attaques du 11 septembre comme un cheval de Troie dans le but d'acquérir de nouveaux pouvoirs envahissants ou d'abolir des sauvegardes établies simplement parce que cela fait leur affaire.

On peut être tenté de penser que nous serons plus en sécurité si la vie privée est mise de côté et qu'on se met à recueillir sans distinction davantage d'information au sujet d'un peu tout le monde. En fait, je pense que nous serions probablement beaucoup moins en sécurité.

Qui trierait toute cette information additionnelle? Imaginez les ressources qui seraient nécessaires.

Une surabondance d'information aurait probablement comme résultat de diminuer les ressources et l'attention consacrées aux activités ciblées, qui seules constituent une approche efficace pour contrer le terrorisme. Nous ne ferions que créer une forêt d'information plus dense où les terroristes pourraient trouver abri.

Nous devons plutôt distinguer entre l'information et les renseignements. Davantage d'information au sujet de tout le monde n'accomplira pas grande chose, si ce n'est de violer la vie privée des gens et de transformer chaque citoyen en un suspect. Les renseignements - contacts, enquêtes et fouilles ciblés, fondés sur des soupçons - sont une toute autre réalité.

Afin de nous mettre à l'abri du terrorisme, nous avons besoin non pas d'incursions irréfléchies dans la vie privée, mais d'être mieux renseignés, dans les deux sens du terme.

Peut-être devrons-nous accepter de nouvelles mesures d'ingérence pour améliorer la sécurité. Mais ces décisions devront être prises calmement, avec soin et au cas par cas.

Le fardeau de la preuve doit toujours appartenir à ceux qui soutiennent qu'une nouvelle ingérence dans la vie privée est requise au nom de la sécurité.

Au Canada, j'ai suggéré que toute mesure proposée en ce sens doit satisfaire à un test à quatre volets:

Elle doit être manifestement nécessaire pour répondre à un besoin précis.

II doit être possible de démontrer que cette mesure est probablement efficace pour atteindre le but visé. En d'autres termes, il doit y avoir une bonne probabilité qu'elle accroîtra considérablement la sécurité, et non qu'elle nous fera seulement nous sentir plus en sécurité.

L'ingérence dans la vie privée doit être proportionnelle à l'avantage recherché sur le plan de la sécurité.

Et il doit pouvoir être démontré qu'aucune autre mesure moins intrusive ne pourrait donner le même résultat.

La nécessité, l'efficacité, la proportionnalité et l'absence d'une alternative moins envahissante - voilà le test qui je crois peut nous permettre de prendre toutes les mesures appropriées pour accroître la sécurité, sans sacrifier inutilement la vie privée.

Je crois qu'il s'agit d'un test sur lequel nous devons résolument insister.

Une des leçons les plus manifestes de l'histoire est que les menaces les plus importantes à la liberté surviennent non en temps de stabilité, où tout va bien, mais plutôt en temps de bouleversements, lorsque la fidélité aux valeurs et principes semble un luxe qu'on ne peut se permettre.

Et l'histoire nous enseigne qu'à chaque fois que nous avons cédé à ce genre de réaction, nous avons vécu pour le regretter.

Sur le coup, la perte de liberté peut sembler minime, insignifiante même, lorsqu'on la compare au bénéfice de la sécurité qu'on recherche.

Et pourtant ces menaces progressives sont précisément celles dont nous devons nous méfier le plus. Edmund Burke a compris ce danger lorsqu'il a écrit, « Le véritable danger survient lorsque la liberté est rongée peu à peu, par commodité ».

Le défi qui nous attend aujourd'hui, dans le sillage du 11 septembre, est de refuser de permettre que le droit fondamental à la vie privée soit rongé peu à peu, par commodité.

Si nous croyons véritablement que le droit à la vie privée est, dans son essence, la manifestation du respect qu'a la société envers l'inviolabilité de l'individu, alors nous nous devons d'exiger et d'accepter rien de moins.

- 30 -

Pour plus de renseignements, contactez :

Anne-Marie Hayden
Relations médiatiques
Commissariat à la protection de la vie privée du Canada
Tél.: 613-995-0103
ahayden@priv.gc.ca
www.priv.gc.ca

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez cocher toutes les réponses pertinentes (obligatoire) : Erreur 1 : Ce champ est obligatoire.

Remarque

Date de modification :