L’identification par radiofréquence (IRF)

Février 2006

Introduction

L’identification par radiofréquence (IRF) appartient aux technologies dites d’identification automatique employées pour permettre à des machines de détecter des objets grâce à des codes à barres et à des cartes à puce. Plus précisément, l’IRF est un type de technologie d’identification automatique permettant d’identifier des articles ou des objets particuliers, ou encore des lots de ceux-ci, et ce, grâce à des ondes radio. 

La technologie d’IRF existe depuis longtemps. Au départ, on l’a notamment utilisée pour l’identification des aéronefs pendant la Seconde Guerre mondiale. On considérait, jusqu’à tout récemment, qu’il s’agissait d’une technologie trop coûteuse pour l’utiliser à des fins commerciales et que ses fonctionnalités étaient trop limitées. Mais grâce à des avancées technologiques, le coût des composantes de l’IRF est aujourd’hui moins élevé et les capacités de cette technologie sont beaucoup plus nombreuses, ce qui explique que de nombreuses organisations songent maintenant soit à y avoir recours soit à examiner la possibilité de l’acquérir. En fait, certaines organisations, comme Wal-Mart et le département de la Défense des États-Unis, souhaitent maintenant que leurs partenaires utilisent l’IRF.

Certes, l’IRF représente plusieurs avantages pour les fabricants, pour ne nommer que ceux-là. Il s’agit toutefois d’une technologie susceptible de poser des problèmes relatifs à la protection de la vie privée.

Qu’est-ce que l’identification par radiofréquence?

Les dispositifs d’IRF sont formés de trois composantes : une étiquette (ou plusieurs étiquettes), un lecteur ou un interrogateur ainsi que l’infrastructure de soutien correspondante (soit les composantes matérielles et les logiciels nécessaires).

Le lecteur, ou interrogateur, est un dispositif servant à communiquer avec l’étiquette d’IRF, et ce, grâce à l’émission d’un signal radio que capte l’étiquette. Celle-ci renvoie ensuite l’information au lecteur. Le lecteur peut prendre la forme d’un dispositif portable à main ou d’un dispositif que l’on fixe dans des lieux stratégiques, comme les quais de chargement pour l’expédition et la réception de marchandises ou encore les portes de camions de transport.

Les étiquettes d’IRF, également appelées transpondeurs, sont généralement composées de trois petites pièces, soit une antenne, une micropuce contenant une mémoire de stockage ainsi qu’une pièce enveloppant les deux premières composantes. Les étiquettes peuvent être conçues pour la lecture seulement ou encore pour la lecture et l’écriture; dans le premier cas, l’information stockée peut être lue mais ne peut être modifiée, et dans le deuxième cas, l’information peut être lue, modifiée et effacée. Les étiquettes de lecture comportent un code d’identification (code de produit électronique) enregistré au moment de la fabrication ou lorsqu’on attribue une étiquette à un objet. Une fois enregistrées, les données d’une étiquette ne peuvent être modifiées ou annexées mais peuvent être lues et relues. Quant aux étiquettes de lecture et d’écriture, il est possible de modifier leur mémoire et d’enregistrer de nouvelles données. Puisque leurs codes d’identification peuvent être changés, ces étiquettes offrent beaucoup plus de possibilités que les premières, mais coûtent plus cher.

L’IRF, que l’on considère généralement comme la technologie succédant au code universel des produits (CUP), ou code à barres, présente bien des différences par rapport au code à barres. Ainsi, l’IRF permet la lecture de plus d’une étiquette à la fois. En outre, les étiquettes peuvent être lues sans visibilité directe et à travers des produits matériels, comme la couverture d’un livre ou un emballage. Chaque étiquette permet l’identification unique de l’objet à laquelle elle est fixée même si cet objet appartient à une série d’objets identiques. Mais cette caractéristique de l’IRF suscite de nombreuses préoccupations relatives à la protection de la vie privée.

Les dispositifs d’IRF comportent, en plus des étiquettes et des lecteurs, d’autres logiciels et composantes matérielles. Le principal élément est le logiciel spécialement conçu pour l’IRF qui traduit les données brutes des étiquettes en information sur les commandes et les produits, information qui peut être versée dans d’autres bases de données et applications (p. ex., pour la gestion de l’inventaire) pour la suite du traitement. Pour ce qui est des étiquettes de lecture et d’écriture, un logiciel est également nécessaire afin de déterminer si des données peuvent être enregistrées sur une étiquette, à établir quelle étiquette doit contenir les données et de lancer le processus d’ajout ou de modification de données sur l’étiquette.

Usages possibles de l’IRF

Les organisations des secteurs public et privé sont nombreuses à avoir recours à la technologie de l’IRF ou à y songer. Cette technologie, puisqu’elle permet à un objet inerte de « communiquer », offre de vastes possibilités que seules l’imagination et les capacités de la technologie en question peuvent limiter. Voici des exemples :

  1. Gestion de la chaîne d’approvisionnement (effectuer la surveillance et le contrôle de la circulation des produits, de la matière première à la production de produits finis, et du fabricant au consommateur).
  2. Intégrité des produits (veiller à ce que les produits – comme les produits pharmaceutiques – soient authentiques et qu’ils ne fassent l’objet d’aucune altération).
  3. Services de garantie (fixer aux produits durables une étiquette comportant un code d’enregistrement pour faciliter les services de garantie).
  4. Identification, déplacements et émission des billets (vérifier l’identité des voyageurs et veiller à ce que les documents présentés soient authentiques).
  5. Suivi de bagages (effectuer la surveillance et le contrôle de la circulation des bagages, de l’enregistrement au chargement dans les avions).
  6. Soins des patients et gestion de leur dossier (vérifier de façon juste et rapide les renseignements sur la santé de patients, comme leurs allergies et les médicaments qui leur sont prescrits, et ce, afin d’éviter des erreurs médicales).

Préoccupations relatives à la protection de la vie privée

En dépit de la situation actuelle de la technologie d’IRF ou des pratiques actuelles, certaines caractéristiques de l’IRF – principalement la petite taille des étiquettes et la possibilité de retracer des objets particuliers – peuvent poser des problèmes relatifs à la protection de la vie privée. En voici quelques-uns :

a) Collecte subreptice de renseignements. Les étiquettes d’IRF sont petites et peuvent être fixées ou intégrées à des objets et à des documents à l’insu des personnes qui les acquièrent. Étant donné que les ondes radio voyagent facilement et sans bruit à travers le tissu, le plastique et autre type de matière et qu’elles ne sont pas restreintes par la visibilité directe, il est possible de lire des étiquettes cousues dans des vêtements ou fixées à des objets que l’on retrouve dans les sacs à main, sacs à poignées, valises et bien d’autres choses. Les étiquettes peuvent être lues à distance par des lecteurs invisibles intégrés à presque n’importe quel milieu humain ou regroupement d’objets. Ainsi, le recours à la technologie d’IRF peut passer inaperçu, et les consommateurs n’ont pratiquement aucun moyen de savoir s’ils sont « scannés ».

b) Suivi des déplacements de personnes. Si des étiquettes sont fixées à des vêtements ou à des véhicules, par exemple, et s’il y a un réseau de lecteurs suffisamment dense en place, il devient possible d’effectuer le suivi des étiquettes de façon temporelle et spatiale. Certains vendeurs proposent des applications précisément conçues à cette fin, des applications qui combinent la technologie de l’IRF et celle du système mondial de localisation (GPS). Ensuite, si on associe une étiquette donnée à une personne, on peut suivre les déplacements de celle-ci. Par exemple, une étiquette intégrée à un vêtement peut servir à identifier la personne qui le porte. Même si l’information sur l’article comportant l’étiquette demeure somme toute générale, elle peut servir à associer des personnes à certains événements, comme des rassemblements politiques ou des manifestations. 

c) Établissement du profil des consommateurs. Avec les codes à barres, les bouteilles d’eau d’une même marque ont toutes le même code. Mais la technologie de l’IRF permet d’attribuer un code d’identification unique à chacun des objets de la planète (ainsi, les bouteilles d’eau, même d’une même marque, peuvent toutes avoir leur propre code). Il pourrait donc s’ensuivre la création d’un système d’enregistrement mondial dans lequel chaque objet existant serait codé et associé à son acheteur ou à son propriétaire au lieu de vente ou de transfert. Ces liens entre une personne et les objets qu’elle acquière (liens effectués grâce à un numéro de carte de crédit, par exemple) permettent de dresser facilement le profil de consommation d’une personne.

d) Utilisation secondaire. (En particulier en ce qui concerne le contrôle de l’utilisation secondaire et les restrictions qui s’y appliquent). L’établissement de profils et le suivi de déplacements sont des outils permettant d’obtenir énormément d’information. Par exemple, la communication de renseignements personnels, comme les médicaments prescrits à une personne ou ses antécédents médicaux, peuvent avoir des conséquences sur ses prestations d’assurance ou ses possibilités d’emploi.

e) Agrégation massive de données. Le recours à l’IRF nécessite la création massive de bases contenant les données d’étiquettes uniques. L’information peut ensuite être associée aux données personnelles d’une personne, surtout dans un contexte où les capacités de traitement et de mémorisation prennent de l’ampleur. Ces nouvelles capacités peuvent également faciliter toutes les pratiques décrites ci-dessus.

Adoption de pratiques équitables s’appliquant à la technologie de l’IRF

Les dix principes de la Norme nationale du Canada énoncés dans l’Annexe 1 de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques forment la base du Cadre de gestion de la protection de la vie privée pouvant s’appliquer à la technologie de l’IRF. Il importe d’éclaircir ce à quoi s’appliqueraient les principes. En ce qui concerne l’IRF, il est établi que :

  1. dès lors qu’une puce contient les renseignements personnels d’une personne, elle devient un « entrepôt » de données personnelles;
  2. si une étiquette donnée est unique et que des liens peuvent être faits entre celle-ci et une personne, il s’agit d’un identificateur ou indicateur unique de cette personne;
  3. l’information sur les biens ou les achats pouvant être manipulée ou traitée afin d’établir le profil d’une personne constitue de l’information personnelle, qu’elle soit recueillie par suite de multiples visites à une installation ou à une organisation ou de l’accès à une base de données contenant de l’information d’achat recueillie grâce à la technologie d’IRF.
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