Discours

¬ę¬†Droits, responsabilit√©s et confiance¬†: archives et affaires publiques¬†¬Ľ

Conf√©rence¬†2009 de l’Association of Canadian Archivists

Notes pour une allocution de

Elizabeth Denham
Commissaire adjointe à la protection de la vie privée du Canada

Calgary (Alberta)
Le 17 mai 2009

Introduction

Bonjour, c’est pour moi un plaisir d’√™tre ici aujourd’hui et de vous faire part de mes observations parall√®lement √† celles de Jim et Amanda.

Je suis √©videmment toujours heureuse de pr√©senter une allocution dans ma ville natale, mais j’ai aussi des liens √©troits avec votre profession. Je trahis peut-√™tre mon √Ęge, mais j’ai obtenu un des premiers dipl√īmes de ma√ģtrise du programme d’√©tudes archivistiques de l’Universit√© de la Colombie-Britannique (cuv√©e de¬†1984)!

Je pense que la derni√®re fois que j’ai fait un expos√© devant l’ACA c’√©tait √† la conf√©rence de l’ACA et du CIA √† Montr√©al, au d√©but des ann√©es¬†90. C’est extraordinaire de revoir tant de coll√®gues et amis dans cette salle.

J’ai eu l’inspiration pour mon allocution pendant un souper avec mon coll√®gue et ami, Jim¬†Burant. Je pense que le plan a d’abord √©t√© r√©dig√© au dos d’une serviette de table! Mais je m’√©carte.

Avant de commencer, j’ai une question √† vous poser¬†: est-ce que certains d’entre vous sont sur Twitter en ce moment?

Je vous pose la question parce que j’ai r√©cemment assist√© √† une conf√©rence √† Toronto, o√Ļ le maire David¬†Miller, qui est tr√®s √† la page du point de vue de la technologie, donnait le discours principal. Comme la conf√©rence portait sur le r√©seautage en ligne, beaucoup √©taient sur Twitter. Les gens entraient et sortaient en fonction de la s√©ance qui √©tait la plus int√©ressante √† un moment pr√©cis.

Je vous en parle juste au cas o√Ļ vous voudriez envoyer des messages sur Twitter pour attirer plus de monde √† la s√©ance d’aujourd’hui!

Contexte

Puisqu’Amanda aborde le nouveau contexte social cr√©√© par le Web¬†2.0 de Twitter, Flickr, Facebook, YouTube et des blogues, et que Jim parle de certains d√©fis importants pour les archivistes en mati√®re de d√©finition et de pr√©servation des documents en cette √®re nouvelle, je vais parler surtout¬†:

  • des r√©percussions des nouvelles technologies sur la protection de la vie priv√©e;
  • de l’√©volution de notre compr√©hension et de nos attentes en mati√®re de protection de la vie priv√©e en cette √©poque d’information et de communications;
  • de ce que nous, en tant que personnes, entreprises et autorit√©s de r√©glementation, pouvons et devrions faire pour favoriser la protection de la vie priv√©e.

Dans ce monde connect√© √† Internet, les d√©fis sont nombreux pour les d√©fenseurs de la vie priv√©e et les archivistes - notamment la port√©e et le rayonnement des m√©dias num√©riques et l’auditoire mondial.¬†Les membres des¬†deux professions doivent se demander si leurs outils et leurs approches seront efficaces au XXIe¬†si√®cle. Est-ce que nous risquons de ne plus √™tre pertinents aux yeux du public?

La vie privée est une valeur persistante

Il y a¬†neuf¬†ans, Scott McNealy, PDG de Sun Microsystems, a fait une d√©claration souvent cit√©e depuis¬†:¬†¬ę¬†La vie priv√©e est morte. Faites-vous √† l’id√©e.¬†¬Ľ [traduction]

Ce qui m’am√®ne √† paraphraser Mark¬†Twain en affirmant que l’annonce de la mort de la vie priv√©e est tr√®s pr√©matur√©e.

Encore aujourd’hui, il ne fait aucun doute que la vie priv√©e est une valeur importante. En fait, un sondage EKOS command√© par le Commissariat plus t√īt ce printemps r√©v√©lait que 62¬†% des r√©pondants √©taient d’accord pour dire que la protection des renseignements personnels des Canadiennes et des Canadiens sera l’un des plus importants enjeux auxquels sera confront√© le pays au cours des¬†dix¬†prochaines ann√©es.

De plus, quand on a demand√© s’il √©tait important que le Canada ait des lois solides pour prot√©ger les renseignements personnels,¬†99¬†% des r√©pondants ont r√©pondu oui.

Mais si la vie privée est manifestement une véritable valeur aux yeux des gens, pourquoi est-il si difficile de la protéger?

C’est en partie parce que la technologie pr√©sente sans cesse de nouveaux d√©fis. D√®s que nous comprenons les r√©percussions d’une innovation sur la vie priv√©e, une nouvelle technologie appara√ģt. C’est un perp√©tuel recommencement.

Autre difficulté : la définition de la vie privée change au fil du temps et en fonction des groupes démographiques.

Contexte

Il n’y a pas si longtemps, nous vivions tous dans des villages - et avant √ßa, dans des grottes - et nous acceptions que tout le monde soit au courant de nos affaires comme nous, nous connaissions les leurs.

Le concept de la vie priv√©e a aussi une dimension culturelle. Au Japon, o√Ļ l’espace personnel a une grande valeur, les gens se sont oppos√©s au projet de cartographie en ligne Google Street View, car observer les maisons des autres est consid√©r√© comme impoli et indiscret.

Il y a aussi les diff√©rences g√©n√©rationnelles. Je suis s√Ľre que chaque g√©n√©ration a pens√© que les jeunes √©taient des exhibitionnistes sans aucun respect pour les convenances, eux qui osaient montrer leurs chevilles, puis leurs genoux - chaque g√©n√©ration en d√©voilant davantage que la pr√©c√©dente.

Selon le chroniqueur humoristique montr√©alais Josh¬†Freed, c’est le foss√© interg√©n√©rationnel entre la ¬ę¬†g√©n√©ration des parents¬†¬Ľ et la ¬ę¬†g√©n√©ration du transparent¬†¬Ľ [traduction].

Il dit, non sans humour, que les membres de la g√©n√©ration du transparent ont pass√© leur vie sur sc√®ne depuis les premi√®res images floues capt√©es lors de l’√©chographie, apr√®s seulement¬†huit¬†semaines de gestation. Ils doivent se demander si les choses se passent r√©ellement quand personne ne les regarde.

Par contre, toujours selon Freed, la g√©n√©ration des parents a grandi avec le Maccarthisme et l’espionnage de Nixon, ce qui fait que de nombreux parents ont peur d’effectuer des transactions bancaires en ligne ou d’acheter un livre sur Amazon.com. Ils ne diffuseraient jamais leur journal intime ou leurs photos de famille en ligne.

Si les facteurs d√©mographiques ont sans aucun doute contribu√© √† l’√©volution des concepts d’espace personnel, de renseignements personnels et de vie priv√©e, la technologie a certainement jou√© le plus grand r√īle - tout simplement parce que les nouveaux moyens de communication et d’√©change de renseignements ont √©norm√©ment acc√©l√©r√© et amplifi√© les autres changements, qui sont plus graduels.

De plus, la technologie produit toujours des nouveaut√©s qui mettent √† l’√©preuve la capacit√© des gens √† garder priv√©s leurs renseignements personnels, ou √† ne les communiquer qu’√† un groupe restreint d’amis.

Mais les gens aiment ces nouvelles technologies, même si elles nous obligent à revoir notre vision de la vie privée. Les chercheurs disent que les deux tiers de la population mondiale en ligne visitent des sites de réseautage et des blogues. Neuf Canadiennes et Canadiens sur dix socialisent régulièrement en ligne.

Le New¬†York¬†Times a d’ailleurs r√©cemment r√©v√©l√© que Facebook, qui n’a que¬†cinq¬†ans, compte maintenant¬†200¬†millions d’utilisateurs. M√™me moi, je me suis inscrite r√©cemment, et j’ai imm√©diatement essay√© de devenir ¬ę¬†l’amie¬†¬Ľ de mes enfants dans la vingtaine, une vraie m√®re poule! Mon fils a √©t√© le premier √† √©crire sur mon mur! J’ai √©videmment choisi les param√®tres de confidentialit√© les plus √©lev√©s - il est tr√®s difficile de me trouver sur Facebook.

Défis

Le Web est ici pour de bon, et il n’en tient qu’√† nous, qui sommes de passage dans ce monde, de nous adapter, surtout pour prot√©ger notre propre vie priv√©e.

Que se passera-t-il autrement ?

Le Commissariat a financ√© des √©tudes fascinantes du Privacy and Cyber Crime Institute de l’Universit√© Ryerson. On y r√©v√®le que les Canadiennes et Canadiens de¬†l’adolescence √† la trentaine ne sont pas tr√®s pr√©occup√©s par la protection de leur vie priv√©e en ligne, sauf lorsque des fraudes li√©es aux cartes de cr√©dit et d’autres ennuis semblables risquent de survenir.

Nous avons pourtant tous entendu beaucoup d’histoires de personnes qui ont pay√© le prix d’avoir d√©voil√© des volets de leur vie personnelle en ligne sans prendre les pr√©cautions appropri√©es.

Des gens ont √©t√© cong√©di√©s, suspendus de l’√©cole ou refus√©s √† des entrevues en raison de messages instantan√©s, de messages affich√©s sur un mur ou d’autres communications qu’ils consid√©raient comme des conversations priv√©es avec des amis.

Tout r√©cemment, par exemple, un candidat aux √©lections en Colombie-Britannique a d√Ľ mettre un terme √† sa campagne en raison de photos compromettantes diffus√©es sur Facebook.

Plusieurs jeunes employ√©s d’une √©picerie d’Ottawa ont √©t√© cong√©di√©s apr√®s avoir diffus√© des commentaires d√©sobligeants contre le magasin et ses clients.

Fossés numériques

Les chercheurs de l’Universit√© Ryerson ont d√©cel√© de grandes divergences d’opinions entre les employ√©s et leurs patrons, probablement √† cause de l’√©cart entre les g√©n√©rations.

Les employ√©s, qui sont g√©n√©ralement plus jeunes, croient que leurs renseignements personnels font partie de leur vie priv√©e tant qu’ils demeurent dans leur r√©seau social. Les superviseurs consid√®rent que les renseignements diffus√©s en ligne sont du domaine public et qu’ils peuvent √™tre trait√©s comme tels.

D’autres chercheurs mentionnent un autre √©cart¬†, celui-l√† entre les utilisateurs des sites de r√©seautage et les administrateurs et sp√©cialistes du marketing qui tirent profit du ph√©nom√®ne.

Une étude commandée par le Commissariat a comparé les pratiques de protection des renseignements personnels de six sites de réseau social populaires au Canada : Facebook, MySpace, LinkedIn, Live Journal, Skyrock et H5.

L’auteure de l’√©tude, Jennifer¬†Barrigar, a d√©couvert que les utilisateurs croient g√©n√©ralement qu’un r√©seau personnel est priv√© et s√©curitaire. Inversement, les propri√©taires des sites et les commer√ßants croient qu’il s’agit d’un espace public qui est une excellente source de donn√©es.

En √©tudiant les adolescents, danah¬†boyd, une chercheuse am√©ricaine œuvrant dans le domaine des r√©seaux sociaux, a d√©couvert un autre foss√© num√©rique, celui entre l’auditoire imaginaire et l’auditoire r√©el. Alors que n’importe qui dans le monde peut avoir acc√®s aux r√©seaux sociaux des jeunes, les adolescents ont tendance √† croire qu’ils ne parlent qu’√† un groupe d’amis locaux qu’ils connaissent bien.

En plus, ces pairs ont des pratiques ou des normes de comportement pour protéger leur vie privée.

Ces normes et la perception selon laquelle l’auditoire est tr√®s limit√© se combinent pour donner l’illusion que le r√©seau est priv√©.

Nouvelles façons de penser

Pour combler ces multiples √©carts, certains experts demandent une d√©finition plus nuanc√©e de la protection de la vie priv√©e dans l’univers en ligne.

danah¬†boyd , par exemple, propose que nous consid√©rions les sites de r√©seautage comme un milieu public o√Ļ les gens peuvent se rassembler par l’interm√©diaire de la technologie.

Une conversation dans un milieu public avec un interm√©diaire est tr√®s diff√©rente d’une conversation dans un milieu public ordinaire - ¬†par exemple deux amis qui se rencontrent dans la rue et qui se racontent les derni√®res nouvelles.

D’abord, et c’est important pour vous en tant qu’archivistes, les conversations dans un milieu public avec un interm√©diaire sont consign√©es, elles laissent des traces possiblement permanentes.

En plus, les éléments consignés deviennent interrogeables, ce qui leur confère plus de valeur aux yeux de tiers tels que les publicitaires ou les parties dans un procès civil.

Mais le plus important peut-√™tre, c’est qu’il peut y avoir un auditoire, dont la plupart des membres sont invisibles pour les interlocuteurs.

C’est comme si un micro reli√© √† une t√©l√©vision en direct √©tait situ√© au-dessus des deux amis qui discutent dans la rue, mais qu’ils n’en √©taient pas conscients.

Réconcilier des visions contradictoires

Dans un milieu public avec un interm√©diaire, qui n’est ni compl√®tement public ni compl√®tement priv√©, Mme Barrigar exhorte tout un chacun √† essayer de mieux comprendre la perception des autres et √† s’y adapter.

Par exemple, un site de r√©seautage devrait s’efforcer de donner de l’information claire sur ses pratiques de protection des renseignements personnels. Des politiques de confidentialit√© simples aident les utilisateurs √† mieux comprendre le contexte dans lequel leurs renseignements personnels sont √©chang√©s.

Les utilisateurs ont aussi besoin d’outils conviviaux qui permettent d’√©tablir les niveaux d’√©change de renseignements personnels. Pour √™tre efficaces, ces outils doivent se trouver aux endroits visit√©s par les utilisateurs du site, d√®s le moment de leur inscription.

Conclusions d’enqu√™te

Le Commissariat a r√©cemment publi√© des conclusions d’enqu√™te montrant que certains utilisateurs ne comprennent pas encore parfaitement les mesures de protection de la vie priv√©e.

Il s’agit d’un cas o√Ļ un fraudeur a utilis√© le nom, les renseignements personnels et la photo d’un fonctionnaire f√©d√©ral pour falsifier un compte sur un site de r√©seautage.

En se faisant passer pour l’homme en question, le fraudeur a tromp√© les filles du fonctionnaire et les a convaincues de devenir ses ¬ę¬†amies¬†¬Ľ, ce qui lui a permis d’avoir acc√®s √† leurs renseignements personnels. Il a ensuite harcel√© les filles en leur envoyant des courriels et des messages mena√ßants et obsc√®nes.

Les victimes ont compris qu’elles avaient √©t√© dup√©es et en ont inform√© le site, lequel a supprim√© le compte en question.

La famille a d√©pos√© une plainte aupr√®s du Commissariat √† l'effet que le site ne disposait pas de m√©canismes de contr√īle suffisants pour emp√™cher l’usurpation d’identit√©. Mais au moment o√Ļ elles ont ouvert leur compte, les filles ne savaient pas qu’elles pouvaient changer les param√®tres de confidentialit√© pour limiter l’acc√®s √† leur compte.

Le Commissariat enqu√™te √©galement sur une plainte d√©taill√©e selon laquelle on pr√©tend que Facebook n’avertit pas l’utilisateur ad√©quatement ou n’obtient pas son consentement √©clair√© en ce qui a trait √† l’√©tendue de la communication et de l’utilisation des renseignements personnels √† des fins commerciales. On all√®gue aussi que Facebook ne prot√®ge pas les renseignements personnels correctement et qu’il manque √† ses devoirs en mati√®re de suppression des comptes.

En fait, la question de la suppression et de la désactivation des comptes sur Facebook est un élément important de la plainte contre ce site.

En vertu des lois en mati√®re de protection de la vie priv√©e, une organisation ne peut pas conserver des renseignements personnels si elle n’en a plus besoin √† des fins commerciales - les personnes ont le droit d’√™tre oubli√©es.

Mais ce n’est pas toujours si simple - ¬†souvent les sites de r√©seautage social conservent en permanence les renseignements des ¬ę¬†comptes d√©sactiv√©s¬†¬Ľ.

C’est l’une des plaintes les plus d√©licates qu’a d√Ľ examiner le Commissariat en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents √©lectroniques, ou LPRPDE, la loi qui r√©git le secteur priv√©

Les difficult√©s proviennent en partie du fait que la LPRPDE a √©t√© r√©dig√©e avant l’explosion des technologies de l’information et des communications et du Web, et qu’elle est donc fond√©e sur une relation traditionnelle entre une entreprise et un consommateur.

Dans une transaction traditionnelle, l’entreprise recueille directement les renseignements personnels dont elle a besoin pour offrir un service.¬†

Par contre, sur un site de réseautage social, les personnes diffusent proactivement leurs renseignements personnels en ligne dans le but de les communiquer.

Le r√©seau social est une tribune pour parler de soi, mais une grande entreprise commerciale s’agite dans les coulisses.

Ce n’est pas vraiment le mod√®le op√©rationnel pour lequel la LPRPDE a √©t√© con√ßue.

Notre rapport d’enqu√™te au sujet de Facebook nous √©clairera relativement aux attentes du Commissariat en mati√®re de protection des renseignements personnels sur les sites de r√©seau social et sur la question de savoir qui, dans une transaction pr√©cise, est le contr√īleur des donn√©es.

Les entreprises et la protection de la vie privée

En plus d’enqu√™ter sur des plaintes, le Commissariat a pr√©par√© des lignes directrices visant √† inciter les organisations √† √©laborer des politiques sur l’utilisation appropri√©e des sites de r√©seautage social en milieu de travail. Il est normal que les employeurs assurent la s√©curit√© et l’efficience en milieu de travail, mais les organisations devraient aussi consid√©rer la surveillance des employ√©s qui visitent les sites de r√©seautage social comme une pratique assujettie aux lois sur la protection des renseignements personnels.

Les applications d’imagerie √† l’√©chelle de la rue comme Google¬†Street¬†View et un service semblable offert par Canpages ont aussi attir√© l’attention du Commissariat, des m√©dias et du grand public. Ces applications sont tr√®s populaires puisqu’elles permettent d’effectuer une visite virtuelle de certaines grandes villes partout dans le monde par le biais d’images panoramiques.¬†

Vous pouvez voir le chemin que prend votre fille de son appartement √† l’universit√©, ou la r√©gion de Paris o√Ļ vous pr√©voyez passer vos prochaines vacances.

Ces applications illustrent les d√©fis que posent les ¬ę¬†milieux publics avec un interm√©diaire¬†¬Ľ, o√Ļ les gens vaquent √† leurs occupations en public, mais s’attendent tout de m√™me √† ce que leur vie priv√©e soit prot√©g√©e dans une certaine mesure. Les utilisateurs reconnaissent par exemple que d’autres personnes peuvent √™tres pr√©sentes, mais ils ne s’attendent pas n√©cessairement √† ce que leurs faits et gestes se retrouvent sur Internet, peut-√™tre de fa√ßon permanente.

Les r√©sidants du petit village de Broughton, au Royaume-Uni, ont exprim√© ce point de vue de fa√ßon √©clatante le mois dernier, alors qu’ils ont form√© une cha√ģne humaine pour emp√™cher la voiture de Google Street View d’avoir acc√®s √† leurs rues. Ils ont protest√© jusqu’√† ce que le chauffeur s’en aille.

Nous avons tent√© de discuter un peu plus calmement avec Google, mais nous avons demand√© √† l’entreprise si elle avertissait les gens avant de photographier leur voisinage pour une utilisation en ligne, et si oui, comment.

J’ai entendu dire qu’apercevoir la voiture de Google Street View est un nouveau divertissement √† Calgary, o√Ļ l’entreprise prend des photos √† haute r√©solution pour son service de cartographie en ligne. Les r√©sidants de Calgary √©crivent des messages sur Twitter annon√ßant o√Ļ les voitures de Street View ont √©t√© aper√ßues.

Gr√Ęce √† l’intervention du Commissariat, les photographies de personnes seront brouill√©es lorsque l’application sera lanc√©e au Canada. Mais nous voulons √©galement √™tre assur√©s que la technologie de brouillage utilis√©e est efficace.¬†

Comme vous pouvez le voir sur cette diapositive par exemple - ah! Paris au printemps [image d’un couple qui s’embrasse √† Paris] - les personnes sont parfois identifiables m√™me apr√®s le processus de brouillage.

Nous voulons √©galement l’assurance que les photos originales non brouill√©es sont d√©truites, ainsi que l’exigent les lois relatives √† la protection de la vie priv√©e.

Certaines entreprises mettent au point d’autres moyens novateurs pour favoriser la protection des renseignements personnels et faire le suivi des ¬ę¬†empreintes num√©riques¬†¬Ľ des gens.

Legacy¬†Locker, KeepYouSafe et Deathswitch sont¬†trois exemples de services offerts sur le Web visant √† aider les gens √† prot√©ger les renseignements personnels qu’ils laisseront derri√®re eux √† leur d√©c√®s. Ces sites offrent un moyen d’organiser et de pr√©server le ¬ę¬†d√©sordre num√©rique personnel¬†¬Ľ d’une personne.

Les personnes inscrites √† ce service √©tablissent un ¬ę¬†casier¬†¬Ľ s√©curis√© en ligne o√Ļ elles peuvent enregistrer un exemplaire √©lectronique de leur testament et d’autres renseignements personnels essentiels tels que les noms d’utilisateur et les mots de passe de comptes de banque, ainsi que les renseignements pour ouvrir une session sur les sites de r√©seautage social.

Elles nomment ensuite un ¬ę¬†ex√©cuteur¬†¬Ľ qui recevra tous ces renseignements √† la mort de la personne inscrite et qui veillera √† fermer tous ces comptes d’utilisateur devenus inutiles.

Les personnes et la protection de la vie privée

Le sondage EKOS dont j’ai parl√© un peu plus t√īt r√©v√®le √©galement que¬†six¬†r√©pondants sur¬†dix¬†sentent que leurs renseignements personnels sont moins bien prot√©g√©s dans la vie quotidienne qu’ils ne l’√©taient il y a¬†dix¬†ans.

Le Commissariat s’assure que les gens sont bien inform√©s et qu’ils sont sensibilis√©s et d√©termin√©s √† favoriser la protection des renseignements personnels.

C’est pourquoi nous publions un grand nombre de fiches d’information, de livrets et d’autres sources d’information. Le service charg√© de recevoir les demandes de renseignement est tr√®s occup√© puisqu’il re√ßoit en moyenne¬†500¬†appels et lettres par mois.

Une bonne partie de nos efforts vise les jeunes; un site Web spécifique, un blogue, une vidéo sur You-tube, des affiches, des concours, etc., sont consacrés aux jeunes et visent à leur faire prendre conscience de la question de la protection des renseignements personnels dans leur vie en ligne.

Conclusion

Au fil des si√®cles, des livres, des films et d’autres moyens de communication ont trop souvent √©t√© censur√©s ou r√©glement√©s d’une certaine fa√ßon. √Čtonnamment, Internet a jusqu’ici √©t√© √† l'abri de telles formes de contr√īle.

En dernière analyse, la vie privée est une norme sociale et chaque génération ou groupe social peut établir ses propres normes. Est-ce que la nouvelle génération et les outils offerts provoqueront une baisse de la protection de la vie privée? Je ne le crois pas, parce que notre capacité à communiquer de façon sélective des renseignements sur nous-mêmes à différents groupes est en partie ce qui fait de nous des êtres humains.

Quelle sera notre strat√©gie en tant qu’autorit√©s de r√©glementation en mati√®re de protection de la vie priv√©e? Comment nous assurer de ne pas devenir des dinosaures aux yeux de la nouvelle g√©n√©ration? Dans l’univers d√©mocratique d’Internet, nous ne pouvons pas dire aux gens ce qu’ils devraient ou ne devraient pas faire en ligne. Cependant, nous pouvons les aider √† reconna√ģtre les situations o√Ļ leur vie priv√©e est en danger, donner des suggestions sur les mani√®res de r√©duire les risques et, en fin de compte, laisser les gens faire leurs propres choix.

Quant √† la question des sites de r√©seau social et des autres entreprises qui cr√©ent de nouvelles technologies interactives, le Commissariat est d√©termin√© √† offrir une aide pratique et raisonnable afin d’aider √† la mise en œuvre et √† la diffusion de politiques de confidentialit√© que les gens peuvent comprendre et utiliser, ainsi qu’√† prendre des mesures lorsque les entreprises enfreignent la loi.

Notre objectif n’est pas de r√©primer l’innovation ou d’emp√™cher les gens d’avoir du plaisir, mais bien de faire ce qui est en notre pouvoir pour limiter les r√©percussions sur la vie priv√©e, une valeur qui, selon nous, perdurera.

Merci.