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Allocution du Commissaire à la protection de la vie privée du Canada à l’occasion du Symposium canadien sur la protection de la vie privée 2025 de l’International Association of Privacy Professionals (IAPP)

Le 12 mai 2025
Toronto (Ontario)

Allocution prononcée par Philippe Dufresne
Commissaire à la protection de la vie privée du Canada

(La version prononcée fait foi)


Je vous remercie de me présenter aussi chaleureusement et de m’accueillir de nouveau à l’occasion de cet important symposium qui réunit des champions de la protection de la vie privée de partout au Canada afin de discuter et de débattre des nombreux enjeux cruciaux qui ont une incidence sur le domaine de la protection de la vie privée.

Qu’il s’agisse de biométrie ou d’intelligence artificielle, de surveillance en milieu de travail ou de protection de la vie privée des enfants, de cyberattaques ou de réforme législative, les conversations qui auront lieu ici au Symposium de l’IAPP au cours des prochains jours ressembleront à celles que nous tenons au Commissariat et avec mes homologues au Canada et dans le monde entier.

Hier marquait la fin de la Semaine de sensibilisation à la protection de la vie privée, et notre thème de cette année était « Prioriser la protection de la vie privée ».

Ce thème reflète nos valeurs et nos ambitions canadiennes, et il est plus important que jamais, car nos données personnelles sont de plus en plus recueillies, utilisées et communiquées, souvent même au-delà des frontières.

Les cyberattaques continuent de se multiplier, et ce, tant au niveau de l’ampleur que de la gravité. Cette situation expose les Canadiennes et les Canadiens à des risques sérieux, notamment à des atteintes à la vie privée qui peuvent causer des préjudices graves.

Les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle générative, sont alimentées par la collecte massive et sans précédent de données, qui comprennent les renseignements personnels de la population canadienne.

En tant que professionnels de la protection de la vie privée, VOUS jouez un rôle essentiel et stratégique dans vos organisations en cette période charnière en préconisant une culture de la protection de la vie privée dès la conception, qui soutiendra l’innovation responsable et protégera les droits fondamentaux des Canadiennes et des Canadiens.

Comme vous le savez, aujourd’hui, presque toutes les organisations mènent aussi des activités dans le domaine des données, car elles recueillent des renseignements personnels à diverses fins.

Non seulement l’intégration de cadres rigoureux pour la gestion de la protection de la vie privée dans les entreprises et les institutions fédérales protège la population canadienne, mais elle renforce la résilience organisationnelle par rapport aux risques émergents et appuie l’atteinte d’objectifs plus vastes.

Par ailleurs, protéger les Canadiennes et les Canadiens permet de gagner la confiance du public, ce qui est essentiel pour des institutions solides et des organisations prospères. Celles qui protègent les données personnelles gagnent en crédibilité et connaissent un succès à long terme.

Dans cette optique, je ferai état de certaines des conclusions du tout dernier sondage mené par le Commissariat auprès des Canadiennes et des Canadiens. Je ferai aussi le point sur les récents travaux visant à faire progresser mes priorités stratégiques en matière de protection de la vie privée ainsi que sur ce qui reste à faire au cours de la prochaine année.

Données sur l’opinion publique

La semaine dernière, j’ai annoncé les résultats du sondage bisannuel sur la protection de la vie privée mené par le Commissariat auprès des Canadiennes et des Canadiens.

Les réponses montrent que les gens sont très préoccupés par la protection de leur vie privée, et que leur degré de confiance dans la capacité du gouvernement et des entreprises à protéger leur vie privée est faible.

Au Canada, 9 personnes sur 10 sont à tout le moins quelque peu préoccupées par la protection de leur vie privée, et plus du tiers d’entre elles sont énormément préoccupées à cet égard.

Selon les résultats, 62 % des répondants croient que le gouvernement respecte leur droit à la vie privée, alors que seulement 40 % d’entre eux disent la même chose des entreprises. Les entreprises de médias sociaux, les grandes sociétés du domaine de la technologie, les détaillants et les fournisseurs de services de télécommunications et de services Internet figurent parmi les entreprises pour lesquelles les Canadiennes et les Canadiens ont exprimé le plus de préoccupations.

Comme je l’ai affirmé à maintes reprises, les Canadiennes et les Canadiens veulent et doivent avoir la certitude que leurs renseignements personnels sont protégés afin qu’ils puissent participer librement à l’économie numérique en toute confiance.

En tant que champions de la protection de la vie privée au sein de vos organisations, vous jouez un rôle essentiel dans l’établissement d’une culture où le respect de la vie privée est valorisé et où la protection des données est prise au sérieux.

Les données du sondage appuient l’hypothèse voulant que les organisations qui priorisent la protection de la vie privée en retirent des avantages.

Dans l’ensemble, les trois quarts des Canadiennes et des Canadiens sont moins disposés à communiquer leurs renseignements personnels à des organisations aujourd’hui par rapport à il y a cinq ans.

De même, 41 % des répondants ont cessé de faire affaire avec une entreprise qui a subi une atteinte à la vie privée.

La confiance accordée à la manière dont les données sont traitées devient donc un facteur déterminant dans la façon dont les gens interagissent avec le gouvernement, les entreprises et la technologie.

Priorités du Commissaire – Progrès accomplis et année à venir

Mon plan stratégique et les trois priorités en matière de protection de la vie privée sur lesquelles il repose servent de feuille de route pour maintenir la confiance et favoriser l’innovation, tout en protégeant le droit fondamental à la vie privée à l’ère numérique.

Ces priorités sont les suivantes :

  • protéger et promouvoir le droit à la vie privée de manière à optimiser les efforts déployés;
  • faire valoir la protection de la vie privée à l’heure où se succèdent les changements technologiques et agir en ce sens;
  • défendre le droit à la vie privée des enfants.

Ces priorités stratégiques sont celles où le Commissariat peut avoir le plus d’incidence. Il s’agit aussi de domaines où résident les plus grands risques pour la vie privée si l'on ne s’y attaque pas.

Protéger et promouvoir le droit à la vie privée de manière à optimiser les efforts déployés

Ma première priorité stratégique, à savoir protéger et promouvoir le droit à la vie privée de manière à optimiser les efforts déployés, est axée sur le Commissariat lui-même et vise à garantir que toutes ses activités, notamment ses activités d’application de la loi, sont efficaces et fructueuses en vue de relever les nombreux et nouveaux défis auxquels la protection de la vie privée est confrontée de nos jours.

Même si je préconise et continuerai de préconiser une réforme législative et des ressources supplémentaires pour mon organisation, je voulais également m’assurer que nous faisions tout notre possible au sein même du Commissariat pour nous adapter à la complexité croissante de notre environnement et rendre les services que nous offrons à la population canadienne aussi efficaces que possible.

À cette fin, j’ai entrepris à l’automne dernier un exercice de recherche, de consultation et de réflexion sur la façon dont le Commissariat pourrait accroître l’incidence de ses efforts et faire progresser ses priorités stratégiques.

Mon objectif était de simplifier nos activités et de nous concentrer sur l’obtention de résultats plus efficaces. Il s’agit notamment de régler plus rapidement les plaintes en adoptant d’autres approches en matière d’enquêtes, comme des interventions rapides en matière de règlement. Il s’agit aussi de fournir plus rapidement des orientations sur les enjeux clés et émergents au moyen de la collaboration plus proactive avec les organisations des secteurs public et privé. Et enfin, d’une coopération accrue avec les partenaires nationaux et internationaux afin d’obtenir des résultats plus rapides au Canada et à l’échelle mondiale.

À la suite de cet exercice, j’ai annoncé en janvier et mis en œuvre au cours des derniers mois une réorganisation et une transformation majeures du Commissariat.

La nouvelle structure recadre la fonction de conformité comme un continuum. Ainsi, nous pourrons mettre davantage l’accent sur la mobilisation des organisations, de façon proactive et réactive, afin de favoriser la conformité, d’assouplir les frontières structurelles entre les deux lois fédérales sur la protection des renseignements personnels et d’entreprendre certaines activités et interventions dans un but précis.

Nous intégrons une culture de promotion à notre approche en matière de conformité, par exemple, en adoptant une attitude plus proactive pour régler les problèmes. Nous nous concentrons sur une plus grande collaboration entre le personnel de première ligne et les organisations des secteurs privé et public, ce qui nous permettra de cerner les nouveaux enjeux et d’y réagir plus rapidement et plus efficacement.

Notre objectif est de résoudre le plus grand nombre de cas possible au moyen de la mobilisation précoce et du processus de règlement rapide ainsi que de concentrer nos enquêtes approfondies sur des problèmes ou des incidents prioritaires.

Nous continuerons de respecter le « mur éthique » en vue d’établir une distinction entre nos activités, pour garantir aux organisations qu’elles peuvent demander des avis et des conseils de manière confidentielle, sans pour autant faire l’objet d’une enquête.

Je suis convaincu que ces changements seront bénéfiques.

Bien qu’une telle transformation prenne du temps, je suis heureux de dire que nous voyons déjà des résultats. Par exemple, en menant plus tôt des activités de conformité à la loi, comme dans le cas où nous sommes intervenus rapidement sur l’utilisation par LinkedIn de renseignements personnels pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle (IA). De plus, depuis deux ans, nous avons réduit le nombre d’enquêtes en cours, qui est passé de 24 % à 9 % au cours du dernier exercice. Enfin, j’ai bien hâte d’annoncer sous peu la conclusion de nos enquêtes majeures visant Tik Tok, OpenAI et 23andMe. Je remercie la communauté de son soutien pendant cette importante période de transition.

Faire valoir la protection de la vie privée à l’heure où se succèdent les changements technologiques et agir en ce sens

Transformer notre approche en matière de conformité et simplifier nos interactions avec vous, nos parties prenantes, est une étape essentielle vers l’optimisation de notre efficacité en tant qu’organisme de réglementation. Cependant, ces changements ne suffiront pas : nous avons également besoin de lois fédérales modernes sur la protection des renseignements personnels.

Ma deuxième priorité est de faire valoir la protection de la vie privée à l’heure où se succèdent les changements technologiques et agir en ce sens. Dans cette optique, moderniser les lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels, c’est l’un des meilleurs moyens de relever les défis d’un monde axé sur les données et l’un des plus efficaces.

Il est temps que les lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels soient adaptées au monde numérique. Le Canada a besoin de balises claires pour assurer une gestion responsable des données, qui favorisera les progrès dans des domaines essentiels. Pour ce faire, il faut donner au Commissaire à la protection de la vie privée la possibilité d’émettre des ordonnances et des sanctions pécuniaires dans les cas qui s’y prêtent.

Le fait de pouvoir émettre des ordonnances permettrait non seulement de résoudre plus rapidement les enquêtes, mais aussi d’encourager les organisations à prioriser les bonnes pratiques en matière de protection de la vie privée.

À cet égard, je suis convaincu que la réforme législative deviendra de nouveau une priorité sur le plan juridique au cours de la 45e législature, en vue d’assurer la protection des Canadiennes et des Canadiens dans un monde moderne et de fournir un cadre à l’intérieur duquel l’économie numérique pourra prospérer. Cette réforme législative vise à la fois la réforme de la loi fédérale sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé et celle tant attendue de la Loi sur la protection des renseignements personnels. Cette réforme nous permettra de faire face à l’un des problèmes technologiques les plus urgents de notre époque : l’IA.

L’IA s’avère incroyablement prometteuse pour ce qui est de faire progresser l’innovation, l’efficacité et la commodité. Pour que les Canadiennes et les Canadiens l’adoptent pleinement, ils doivent avoir confiance qu’elle est développée et déployée de façon responsable et de manière à protéger la vie privée. Comme l’a souligné le premier ministre Mark Carney la semaine dernière, il entend tirer parti de l’IA pour développer l’économie la plus forte. Il s’agit là de développer une économie responsable sur le plan de l’IA – une économie où nous tissons des liens avec nos alliés du domaine de la protection de la vie privée; une économie où nous collaborons avec les pays qui ont des vues semblables aux nôtres.

J’ai travaillé fort pour accroître la visibilité internationale et le leadership du Canada dans ce domaine. Notre pays ne peut pas être laissé de côté. Le Canada doit être présent à la table des discussions, en cette période charnière, en vue de protéger la vie privée des Canadiennes et des Canadiens au fur et à mesure que la nouvelle économie numérique se développe. Je travaille en collaboration avec mes partenaires nationaux et internationaux, ainsi qu’avec d’autres partenaires dans ce domaine de réglementation, afin d’élaborer et de promouvoir des principes de protection de la vie privée qui soutiendront les technologies d’IA conçues et bâties sur des bases solides, qui peuvent être adaptées au fil du temps. Par exemple :

  • Lors de la Table ronde des autorités de protection des données et de la vie privée du G7 qui a eu lieu à Tokyo, en 2023, mes homologues du G7 et moi-même avons publié la première résolution mondiale dans laquelle on insiste sur le fait que l’IA n’est pas à l’abri de la loi et que les lois actuelles, notamment les lois sur la protection des renseignements personnels, s’appliquent à l’IA.
  • L’automne dernier, à Rome, la Table ronde des autorités de protection des données et de la vie privée du G7 a publié des déclarations sur le rôle des autorités de protection des données dans la promotion d’une IA digne de confiance ainsi que sur l’IA adaptée aux enfants.
  • La collaboration avec les autorités de protection de la vie privée de la zone Asie-Pacifique a permis au Canada de jouer un rôle de premier plan dans l’élaboration de documents de référence importants sur les renseignements dépersonnalisés, de faire avancer les travaux sur la circulation sécuritaire des données entre le Canada et la région de l’Asie-Pacifique et de tisser des liens avec cette région.
  • Nous avons collaboré à des initiatives semblables sur la scène mondiale, notamment avec l’Assemblée mondiale pour la protection de la vie privée, et cette collaboration a donné lieu à la publication d’orientations présentant des principes pour des technologies de l’IA générative responsables, dignes de confiance et respectueuses de la vie privée avec mes homologues des provinces et des territoires.
  • Et d’ailleurs, compte tenu des nombreuses enquêtes en cours partout dans le monde qui ont trait à l’IA, la collaboration et les engagements à l’échelle internationale permettent aux autorités de protection de la vie privée du monde entier de mettre en commun leurs pratiques, d’échanger des connaissances et d’assurer une forte interopérabilité en ce qui concerne les approches réglementaires.

La collaboration à l’échelle internationale est essentielle pour s’attaquer à la complexité croissante ainsi qu’à la portée mondiale de la protection des données. Elle permet aussi de faire évoluer les lois dans ce domaine au même rythme que celles de nos partenaires internationaux, ce qui profite aux citoyens comme aux organisations.

Nos travaux ont aussi mis l’accent sur la nécessité pour les développeurs et les fournisseurs d’IA générative d’intégrer la protection de la vie privée dans la conception, l’exploitation et la gestion des nouveaux produits et services. Nous demandons aussi à ceux-ci de tenir compte de l’incidence particulière que ces outils ont sur les enfants ainsi que sur les groupes qui sont depuis longtemps victimes de discrimination ou de préjugés.

L’IA aura des répercussions sur nous toutes et tous, et en tant qu’organisation composée de professionnels de la protection de la vie privée très compétents et novateurs, le Commissariat a l’intention de prêcher par l’exemple.

L’automne dernier, alors que nous entamions la revue de notre structure interne, nous avons aussi lancé une stratégie interne en matière d’IA afin d’évaluer s’il était possible de tirer parti de cette technologie pour améliorer nos propres processus de travail internes et, le cas échéant, comment il était possible de le faire. Le but de cette démarche était de donner l’exemple quant à la façon dont l’IA peut être adoptée de façon sécuritaire et responsable.

Nous avons repéré des cas d’utilisation possible liés à la rédaction de résumés de documents, à la traduction, à la recherche dans les bases de données et à l’automatisation de diverses tâches. Notre prochaine étape consistera à évaluer les risques, à élaborer une stratégie de gestion des données et à commencer à mettre à l’essai les possibilités d’utilisation de l’IA à faible risque sur un serveur interne destiné aux essais visant l’IA. Nous estimons que le recours à la technologie peut grandement nous permettre de bonifier nos services et d’améliorer nos normes.

Protection de la vie privée des jeunes

Ma troisième priorité, à savoir défendre le droit à la vie privée des enfants, tient compte des caractéristiques propres à la vie privée des jeunes et de la nécessité de garantir la protection de leurs droits afin qu’ils puissent profiter de la technologie sans que leur bien-être et leur vie privée soient compromis.

Au cours de la dernière année, nous avons principalement fait de la recherche afin d’approfondir notre compréhension des problèmes de protection de la vie privée auxquels sont confrontés les jeunes et de tenir compte de la protection de la vie privée des enfants dans le cadre de nos activités d’application de la loi.

Notre enquête en cours sur TikTok en est un exemple, car elle porte sur les pratiques de protection des renseignements personnels de l’organisation en ce qui concerne les jeunes utilisateurs.

Dans l’intervalle, nos recherches comprennent notamment des groupes de discussion avec des jeunes, afin de mieux connaître leur point de vue sur leur droit à la vie privée et les préjudices qu’ils subissent en ligne, ainsi qu’un sondage auprès des parents et des enseignants, pour lequel les résultats ont été publiés la semaine dernière. Voici ce qui en est ressorti :

  • Selon le sondage, la grande majorité des parents s’inquiètent de la protection de la vie privée en ligne de leurs enfants.
  • Les deux tiers des parents ou plus étaient de moyennement à extrêmement préoccupés.
  • 45 % d’entre eux étaient très préoccupés par les risques qui peuvent découler de l’utilisation ou de la mauvaise utilisation des renseignements personnels de leurs enfants.

La recherche nous permettra d’améliorer nos orientations et nos ressources à l’intention des individus, des institutions fédérales, des organisations et des entreprises.

Dans le cadre de notre travail de promotion de la protection de la vie privée des enfants, je suis également très heureux d’annoncer aujourd’hui que le Commissariat lance une consultation exploratoire au sujet de l’établissement d’un code sur la protection des renseignements personnels des enfants.

L’objectif de ce code sera de créer un environnement en ligne plus sécuritaire et plus transparent pour les enfants. Nous voulons que les jeunes se sentent habilités à exercer leur droit à la vie privée ainsi qu’à explorer, à apprendre et à s’épanouir en toute sécurité, et ce, sans compromettre leur vie privée ou leur sécurité.

Certains pays européens et plusieurs États américains ont adopté des codes qui ont mené à l’établissement de meilleures mesures de protection en ligne pour les enfants et les jeunes.

C’est une initiative que nous espérons maintenant reproduire ici, au Canada. Toutefois, nous ne pourrons y arriver efficacement qu’avec la participation des autres organismes de réglementation, de la communauté juridique, de la société civile, du milieu universitaire, des entreprises et de l’ensemble de la population canadienne, notamment des parents, des enseignants et des membres des groupes de défense des droits des enfants.

Je vous encourage à visiter notre site Web pour lire le document de consultation et pour nous faire parvenir vos commentaires sur des sujets comme la façon dont un code visant les enfants pourrait être appliqué, le rôle du consentement, la façon dont les évaluations des facteurs relatifs à la vie privée peuvent tenir compte de l’intérêt supérieur de l’enfant, ainsi que les pratiques exemplaires et les zones interdites.

Nous voulons rédiger des orientations claires et pratiques pour les organisations qui traitent les renseignements personnels des enfants afin que les produits et les services qu’elles proposent soient conçus en tenant compte des normes les plus rigoureuses en ce qui a trait à la protection de la vie privée et des données.

Collaboration

Enfin, chacune de ces priorités stratégiques repose sur un engagement de collaboration, tant à l’échelle du Canada qu’avec la communauté internationale.

En échangeant leurs connaissances et leur expertise, en se penchant ensemble sur les nouveaux enjeux et en collaborant pour mettre en place des normes communes, les organisations de juridictions différentes profitent d’une uniformité accrue. Et une plus grande uniformité permet de mieux protéger la vie privée des individus.

Comme je l’ai déjà dit, c’est particulièrement vrai à une époque où les données personnelles traversent les frontières à la vitesse de l’éclair et à grande échelle.

À l’ère du numérique, une coordination à l’échelle mondiale est nécessaire pour assurer la protection de la vie privée. La collaboration entre les juridictions nous permet de tirer parti de notre force et de notre influence collectives afin de relever les défis mondiaux dans le domaine de la protection de la vie privée et d’assurer une protection uniforme pour les individus, où qu’ils soient et peu importe où se trouvent leurs données.

Mon enquête conjointe en cours avec le Commissaire à l’information du Royaume-Uni, John Edwards, sur une atteinte à la protection des données survenue à l’entreprise 23andMe, qui vend des services de dépistage génétique directement aux consommateurs de partout dans le monde, est un exemple de la façon dont nous combinons nos ressources et notre expertise pour optimiser l’incidence de nos efforts.

Mené l’été dernier, le ratissage du Global Privacy Enforcement Network (GPEN) sur la protection de la vie privée visant les mécanismes de conception trompeuse est une autre activité d’envergure mondiale dirigée par le Commissariat qui met en valeur non seulement la collaboration à l’échelle internationale, mais aussi la collaboration à l’échelle nationale et celle entre les organismes de réglementation.

Le ratissage a mobilisé 26 autorités d’application des lois en matière de protection de la vie privée du Canada et de partout dans le monde. Collectivement, nous avons constaté que, sur plus de 1 000 sites Web et applications examinés, 97 % d’entre eux utilisaient une forme quelconque de mécanisme de conception trompeuse pour inciter les gens à fournir en ligne plus de renseignements personnels qu’ils ne le souhaitent ou qu’ils ne le devraient.

Après la publication des résultats du ratissage, le Commissariat a écrit à plusieurs organisations pour les inviter à examiner leurs sites Web et leurs applications afin de repérer les mécanismes de conception trompeuse.

Je suis heureux d’annoncer que près des trois quarts de ces organisations ont fourni une réponse dans laquelle elles se sont engagées à apporter des améliorations.

Le ratissage de l’an passé était également le premier à être coordonné avec l’International Consumer Protection and Enforcement Network, ce qui témoigne des recoupements croissants entre la protection de la vie privée et d’autres sphères réglementaires. Le réseau est composé d’autorités de protection des consommateurs du monde entier, dont le Bureau de la concurrence Canada.

Cette initiative démontre la valeur et la portée possible de la mobilisation et de la collaboration internationales, et j’ai très hâte d’annoncer le thème du prochain ratissage à l’automne.

Dans le contexte d’une plus grande collaboration entre les organisations, au cours de la dernière année, j’ai aussi présidé le Forum canadien des organismes de réglementation numérique, qui réunit le Commissariat, le Bureau de la concurrence, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et la Commission du droit d’auteur du Canada. Ce Forum a pour but de renforcer l’échange d’information et la collaboration dans des domaines d’intérêt commun qui concernent les marchés et les plateformes numériques.

Je me réjouis à l’idée de publier dans les prochaines semaines le rapport du Forum, qui portera sur l’impact des médias synthétiques dans nos domaines respectifs.

Ce rapport tombe à point étant donné les allégations formulées la semaine dernière dans un reportage de la CBC selon lesquelles un Canadien serait à l’origine de ce que les médias décrivent comme le site Web « le plus célèbre du monde » pour la diffusion de pornographie générée par l’IA mettant en scène de vraies personnes sans avoir obtenu leur consentement, et qui est connu sous le nom de MrDeepFakes.com.

Le reportage laissait entendre que le site comptait plus de 650 000 utilisateurs et hébergeait des dizaines de milliers de vidéos et d'images hypertruquées de célébrités, de politiciens, d'influenceurs sur les médias sociaux et de simples citoyens, y compris des Canadiennes et des Canadiens.

Bien que ce site Web ait été fermé pendant l’enquête importante de la CBC, cette nouvelle témoigne de la gravité de ce problème et de ses effets potentiellement néfastes sur les personnes.

La diffusion d’images et de vidéos intimes, qu’elles soient réelles ou générées par l’IA, sans consentement, est un problème de société qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Comme je l’ai précisé à la suite de mon enquête sur Aylo, l’entreprise qui exploite Pornhub, ce type d’activité est une « violence liée à des images intimes ». Elle touche à certains des renseignements personnels les plus sensibles et engendre certains préjudices les plus dévastateurs pour la dignité, la réputation, la santé et le bien-être de la victime.

En mars de cette année, j’ai déposé auprès de la Cour fédérale un avis de demande en vue d’obliger Aylo à se conformer aux lois sur la protection des renseignements personnels. Je continuerai à utiliser tous les outils à ma disposition pour protéger la vie privée des Canadiennes et des Canadiens dans ce contexte. Malheureusement, dans l’intervalle, l’organisation maintient sa pratique. Cela montre à quel point il est nécessaire d’avoir des lois modernisées qui prévoient un pouvoir d’émettre des ordonnances en vue d’obtenir des résultats plus rapidement en matière d’application de la loi.

Enfin, pour ce qui est de la collaboration, j’ai hâte le mois prochain d’agir comme hôte à l’occasion de la Table ronde des autorités de protection des données et de la vie privée du G7, qui aura lieu dans la région de la capitale nationale alors que le Canada assurera la présidence du G7, ainsi que du symposium international, qui portera sur la protection de la vie privée des jeunes à l’ère numérique.

Ce n’est pas le travail qui manque lorsqu’il est question de collaboration au Canada et avec d’autres pays du monde entier. Je me suis engagé à participer à des discussions avec des leaders et des experts mondiaux du domaine de la protection de la vie privée, qui porteront sur des questions d’intérêt commun, notamment l’avenir de l’intelligence artificielle et de la réglementation numérique, et de communiquer ensuite ce qui ressort de ces discussions. La collaboration favorise l’uniformité. Et cette uniformité permet d’améliorer les mesures de protection.

Conclusion

C’est pourquoi, à une époque où une quantité incomparable de renseignements personnels des Canadiennes et des Canadiens sont recueillis, utilisés et communiqués au-delà des frontières, et ce, à une vitesse sans précédent, la protection de la vie privée se doit d’évoluer pour rester efficace.

Nous mettons tout en œuvre pour relever les défis en matière de protection de la vie privée en cette période charnière – et parfois chaotique.

Je me réjouis de pouvoir m’entretenir avec bon nombre d’entre vous et d’entendre ce que vous avez à dire au cours des deux prochains jours.

Vous êtes toutes et tous aux premières loges pour diriger, défendre et orienter d’importants travaux au sein de vos propres organisations et institutions, qui sont à la hauteur de l’importance de la tâche à accomplir.

Dans ce monde de plus en plus numérique et axé sur les données, et où les renseignements personnels sont une ressource, les enjeux sont élevés.

Il est temps de moderniser notre approche de la protection de la vie privée dans l’intérêt de la population canadienne, des entreprises canadiennes et du Canada.

Merci.

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