Comprendre les expériences en ligne des jeunes Canadiennes et Canadiens relativement à la protection des données
Préparé par le Groupe des politiques et de la recherche du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada
Mai 2026
Vue d’ensemble
Le présent rapport fait état des conclusions tirées des discussions de groupe que le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (le Commissariat) a menées en février 2025 pour mieux comprendre les points de vue des jeunes concernant la protection de leur vie privée en ligne.
Voici les principales conclusions :
- Les participants ont exprimé des sentiments positifs, neutres et négatifs à l’égard de leurs expériences en ligne et ont relevé des avantages (par exemple, la communication avec des amis et la consommation de contenu intéressant) et des risques (par exemple, la possibilité que d’autres personnes publient des choses négatives à leur sujet).
- Les participants ont exprimé des préoccupations concernant la participation à des activités en ligne, notamment en ce qui a trait à leur réputation. Ils étaient principalement préoccupés par les gestes des autres utilisateurs (qu’il s’agisse de personnes qu’ils connaissent ou d’étrangers).
- Les participants ne comprenaient pas bien quels renseignements les entreprises recueillent à leur sujet et que leurs mentions J’aime, leurs vues et leurs autres activités en ligne étaient des renseignements que les entreprises pouvaient stocker et communiquer.
- Les participants ont confirmé que leurs connaissances étaient limitées quant aux renseignements que les entreprises recueillent et conservent à leur sujet, ainsi qu’à leur droit à la vie privée et à la façon de l’exercer. Bon nombre d’entre eux ont indiqué qu’ils ne savaient pas où obtenir de l’information sur la protection de leur vie privée.
- Les participants ont affirmé que le contrôle était important pour eux. Ils ont parlé des mesures qu’ils pourraient prendre pour contrôler leurs renseignements en ligne, notamment limiter ce qu’ils publient, utiliser des comptes privés et bloquer des personnes pour contrôler qui peut accéder à leur contenu.
- La plupart des participants comptent sur leurs parents et leur font confiance pour ce qui est de leur fournir de l’information sur la protection de leur vie privée, indiquant que les parents sont donc des parties prenantes importantes. Bon nombre des participants ont affirmé que les jeunes devraient avoir plus de responsabilités pour ce qui est de prendre des décisions relatives à la protection de leur vie privée à mesure qu’ils vieillissent.
- Certains participants ont vécu des expériences négatives lorsque leurs parents ont publié des choses à leur sujet en ligne. Certains ont indiqué vouloir que leurs parents leur demandent la permission avant de publier des choses à leur sujet.
- Enfin, lorsque les participants ont été invités à indiquer ce qu’ils souhaitaient qu’il soit fait pour les aider à protéger leur vie privée en ligne et ce que les parents, les enseignants ou les décideurs pourraient faire, ils ont indiqué vouloir que les entreprises prennent des mesures supplémentaires pour les protéger et que d’autres ressources de sensibilisation à la protection de la vie privée soient à la disposition des jeunes ainsi que de leurs parents et enseignants.
Autres conclusions intéressantes :
Âge médian auquel les participants ont commencé à utiliser des sites Web ou des applications : 10 ans
Sites Web et applications les plus utilisés : Snapchat, TikTok, YouTube, Instagram
Raisons d’aller en ligne : Communiquer avec ses amis et sa famille, consommer du contenu
Personnes auxquelles les participants font confiance lorsqu’ils ont des problèmes liés à la protection de la vie privée : Les parents sont les personnes à qui ils font le plus confiance. Les amis, les enseignants, les écoles, les entreprises et la police ont également été mentionnés.
Introduction
Il est important de connaître les points de vue des enfants et des jeunes.Note de bas de page 1 Ce sont souvent les adultes qui défendent les enfants et les jeunes et leur donnent une voix. Le Commissariat a constaté, d’après les témoignages des jeunes, qu’il est rare que ceux-ci soient interrogés directement au sujet de leurs expériences en ligne et de ce qu’ils veulent ou ne veulent pas en ce qui concerne leur droit à la vie privée.
Dans cette optique, le but des groupes de discussion était de mieux comprendre les expériences en ligne des jeunes Canadiennes et Canadiens en matière de protection des données. Nos groupes de discussion ont permis aux participants d’exprimer leurs perceptions de la protection des renseignements personnels, de parler de leurs expériences liées à cette protection et de présenter leurs connaissances de leur droit à la vie privée et de la façon de l’exercer, entre autres. Les groupes de discussion ont été organisés pour aider le Commissariat à prendre des mesures liées à des initiatives clés de son Plan stratégique 2024-2027, notamment s’assurer que la vie privée des enfants est protégée et que les jeunes sont en mesure d’exercer leur droit à la vie privée. Les groupes de discussion visaient précisément à :
- combler les lacunes au chapitre des connaissances en menant des recherches approfondies;
- interagir directement avec un large éventail d’enfants et de jeunes et être à leur écoute;
- aider le Commissariat à mieux connaître et comprendre les publics liés aux jeunes, les risques pour la vie privée qui guettent les jeunes, ainsi que les problèmes à cet égard.
Le fait d’entendre les points de vue des jeunes Canadiennes et Canadiens sur la protection de leur vie privée et l’exercice de leurs droits aide le Commissariat à mieux orienter son travail. Par exemple, cela peut l’aider à élaborer des lignes directrices et à formuler des conseils à l’intention d’organisations sur leurs pratiques de protection des données sur les sites Web et les applications. Les conclusions tirées de cette recherche peuvent également aider le Commissariat à sensibiliser les jeunes Canadiennes et Canadiens et leurs familles, ainsi que d’autres parties prenantes clés, comme des organisations de la société civile, des éducateurs et des entreprises, à des questions liées à la protection de la vie privée des enfants.
Résultats
Les activités en ligne comportent des avantages et des risques
Dans l’ensemble, les participants ont exprimé des sentiments positifs, neutres et négatifs à l’égard de leurs expériences et de leurs perceptions en ligne et ont relevé des avantages et des risques liés à l’utilisation de services en ligne. Les participants étaient principalement préoccupés par les activités d’autres utilisateurs en ligne plutôt que par celles d’organisations, bien qu’ils aient affirmé vouloir que les entreprises prennent des mesures supplémentaires pour les protéger, particulièrement lorsqu’il s’agit de supprimer du contenu qu’ils ne veulent pas que d’autres personnes voient.
Divers avantages, comme la communication avec les amis et la famille
Les participants ont indiqué que l’utilisation de sites Web et d’applications présentait divers avantages. La communication avec les amis et la famille était l’avantage le plus souvent cité, certains jeunes mentionnant qu’il s’agit d’un moyen facile de communiquer et d’interagir avec des amis en dehors de l’école. Certains ont mentionné qu’ils aimaient envoyer des vidéos et des photos à leurs amis, et un participant a indiqué qu’il aimait voir ce que font ses amis ou savoir s’il y a quelque chose qu’il « doit regarder ». Un participant mentionne qu’il trouve de l’inspiration et des idées d’artisanat sur les médias sociaux.
Les participants au groupe de discussion en français ont mentionné utiliser les plateformes davantage pour la consommation de contenu que pour la communication avec d’autres personnes. Par exemple, ils aiment regarder de courtes vidéos sur Instagram et TikTok, et le fait que les plateformes présentent du contenu (musique, vidéos, contenu d’artistes) en fonction de leurs intérêts leur plaît.
Divers risques, comme les menaces provenant d’autres personnes
Lorsqu’on a demandé aux participants d’exprimer leurs préoccupations générales concernant la protection de la vie privée sur les sites Web et les applications qu’ils utilisent, leurs réponses étaient variées. Certains participants estimaient que leur vie privée était protégée dans la plupart des cas, mentionnant que les plateformes étaient « assez sécuritaires » ou n’exprimant pas de préoccupations lorsqu’ils ont été interrogés à propos de la protection de leur vie privée lorsqu’ils utilisent des sites Web et des applications. D’autres ont indiqué être quelque peu protégés en raison des connaissances qu’ils possèdent pour ce qui est de se protéger en ligne et du fait qu’ils ne publient rien « qui serait mauvais ».
Pour d’autres, les atteintes à la réputation étaient une préoccupation majeure. Un participant a dit que les publications des gens peuvent nuire à sa réputation et que les gens publient parfois des choses à propos d’une personne qui peuvent avoir des conséquences et lui faire ressentir de la honte.
Les préoccupations portaient principalement sur ce que d’autres personnes font sur des sites Web et des applications, notamment sur le fait que sur Instagram, les publications éphémères (stories) d’une personne peuvent parfois être envoyées à d’autres personnes si son compte n’est pas privé. Certains participants se sont dits préoccupés par la possibilité que d’autres republient du contenu qu’ils n’aimaient pas, comme une photo peu flatteuse. Bon nombre des participants (de tous les groupes de discussion) étaient préoccupés par la possibilité que d’autres prennent des captures d’écranNote de bas de page 2 de leur contenu pour le diffuser à leur insu.
Un participant a dit qu’il n’aimait pas que, sur certains sites Web et certaines applications, des inconnus puissent voir sa photo de profil ou son nom : [traduction] « J’aimerais que seuls mes amis puissent voir ça et qu’ils aient besoin d’un code pour s’abonner, ou quelque chose comme ça. »
Certains se sont dits préoccupés par la possibilité d’être traqués ou d’être victimes d’un cyberimposteur (catfish)Note de bas de page 3, car [traduction] « il est facile d’utiliser des photos d’une autre personne pour faire semblant d’être une personne différente ». Les participants considéraient également comme problématique la possibilité que d’autres personnes réutilisent le contenu qu’ils ont publié, notamment dans un autre contexte.
Un participant a indiqué que, même si les sites Web et les applications sont « généralement sécurisés », il y a toujours des fuites de données et des atteintes à la sécurité et il juge n’avoir aucun contrôle à cet égard. Un autre a mentionné que, si une personne obtenait l’adresse courriel ou le mot de passe d’un utilisateur et faisait de la cyberintimidation, cela pourrait entraîner des préjudices graves.
Les jeunes ont des expériences et des points de vue mitigés concernant la protection de la vie privée en ligne
Dans certains groupes de discussion, des chercheurs du Commissariat ont fourni des exemples d’expériences négatives liées à la protection de la vie privée soulevées par des adolescents d’autres pays lors de recherches antérieures. On a demandé aux participants s’ils avaient été confrontés à ces scénarios et, le cas échéant, ils étaient invités à discuter de leurs expériences. On a demandé à ceux qui n’y avaient pas été confrontés d’imaginer comment ils se sentiraient dans de telles situations. Quelques exemples de scénarios et un résumé des réponses des participants figurent plus bas.Note de bas de page 4
Exemple : Vos activités en ligne sont surveillées et utilisées à des fins publicitaires. Vous commencez à recevoir des publicités sur des comportements ou des produits que vous considérez comme nocifs tels que le vapotage ou la consommation d’alcool.
La plupart des participants ont dit qu’ils n’avaient jamais vu des publicités de cette nature. Ils ont dit que, s’ils étaient confrontés à un contenu inapproprié, ils ignoreraient ces publicités ou bloqueraient les publicités ou l’entreprise. Bon nombre d’entre eux pouvaient reconnaître les préjudices que pourraient subir les personnes qui voient ces publicités. Certains participants ont dit que ce contenu les rendrait mal à l’aise, mais ont indiqué qu’ils ne seraient pas influencés par celui-ci.
Un participant a dit que certains de ses amis avaient vu ce genre de contenu et que cela avait eu une incidence négative sur eux.
Exemple : L’algorithme commence à vous montrer des vidéos d’influenceurs faisant la promotion de régimes ou de programmes d’entraînement extrêmes.
Les participants étaient plus susceptibles d’avoir vu ce type de contenu sur leurs fils de médias sociaux, et seulement deux ont déclaré ne pas avoir vu de telles vidéos. Les avis étaient partagés quant au préjudice potentiel, certains participants soulignant que ces vidéos peuvent avoir une incidence sur la perception qu’ils ont de leur corps et d’autres mentionnant que ce genre de contenu peut donner de faux espoirs :
[Traduction] « Sur les réseaux sociaux, j’essaie de m’abonner à des influenceurs qui font la promotion de la positivité corporelle parce que je fais du sport. J’ai vu des vidéos comme celles-ci [sur les régimes/entraînements extrêmes]. Ce contenu me rend mal à l’aise. Il ferait en sorte que je ne me sente pas bien dans ma peau – comme si je n’étais pas à la hauteur. » (Jeune participant)
Certains participants ont dit avoir une opinion positive des influenceurs qui publient du contenu montrant des entraînements extrêmes. Selon eux, le fait de voir les séances d’entraînement pourrait encourager les jeunes à en apprendre davantage sur l’activité physique et à essayer d’atteindre ce qu’ils perçoivent comme une meilleure condition physique.
[Traduction] « Ce contenu ne me rend pas vraiment mal à l’aise. Quand je vois des produits qui pourraient m’aider à atteindre des objectifs, par exemple, c’est positif. » (Jeune participant)
Exemple : Vous téléchargez une nouvelle application sur votre téléphone, et on vous demande de créer un compte. L’application n’indique pas clairement lesquels de vos renseignements vous pouvez choisir de fournir et ceux qui sont recueillis et sauvegardés.
De nombreux participants ont dit qu’ils ne pensaient pas qu’une telle situation leur était arrivée et qu’ils ne savaient pas ce qu’ils feraient s’ils y étaient confrontés. Certains ont indiqué que leur réaction dépendrait des renseignements demandés par l’application et de l’existence de conditions de service. Les participants qui ont répondu ont dit qu’ils ne seraient pas à l’aise de fournir leur numéro de téléphone, leur adresse courriel et leur vraie date de naissance. Un certain nombre de participants ont dit que, si on leur demandait de fournir de tels renseignements, ils utiliseraient probablement une fausse date de naissance ou ils éviteraient l’application et ne la téléchargeraient pas.
Lorsqu’on leur a demandé s’il y avait d’autres situations qui avaient porté atteinte à leur vie privée en ligne, certains participants ont répondu que le fait d’être mal informés et de voir des nouvelles liées à la politique peut être nuisible, car ils ne connaissent pas toujours les faits. L’un d’eux a noté qu’on lui présente beaucoup trop souvent de la mésinformation et qu’il essaie de l’ignorer ou de bloquer les comptes qui présentent ce type d’information.
Peu connaissent précisément le droit à la vie privée, mais certains prennent des mesures pour protéger celle-ci
Les participants ont indiqué que leurs connaissances étaient limitées pour ce qui est des renseignements que les entreprises recueillent et conservent à leur sujet, ainsi que de leur droit à la vie privée en général. Bon nombre d’entre eux ont également indiqué qu’ils ne savaient pas où obtenir de l’information sur la protection de leur vie privée. Cela dit, les participants étaient conscients des principaux enjeux en matière de protection de la vie privée en ligne et ont donné de nombreux exemples de mesures qu’ils prennent pour protéger leurs renseignements personnels des autres. Il s’agissait notamment de limiter ce qu’ils publient, de mettre leurs comptes en mode privé et de bloquer les personnes et les contenus indésirables.
Connaissance des pratiques des entreprises
Lorsqu’on leur a demandé de préciser les renseignements que les sites Web et les applications peuvent recueillir et conserver à leur sujet, la plupart des participants ne pouvaient pas répondre ou ont dit qu’ils ne savaient pas. L’un d’eux a dit : [traduction] « Je n’y connais presque rien, mais j’aimerais savoir ce qu’ils en font. » Un autre participant a mentionné qu’il pensait que cette information pouvait se trouver dans les conditions générales des sites Web et applications, mais il a dit que, « même s’il faut accepter les conditions lorsqu’on crée un compte, ce ne sont pas tous les utilisateurs qui les lisent. Une fois inscrits, les utilisateurs ne pensent plus aux conditions. »
Les participants à la séance en français ont mentionné quelques types de renseignements que les entreprises recueillent, notamment les noms, les numéros de téléphone et les adresses courriel.
Connaissance du droit à la vie privée
Aucun des participants n’a affirmé connaître précisément son droit à la vie privée. Bon nombre d’entre eux ont dit qu’ils ne savaient rien concernant leur droit à la vie privée ou la façon de l’exercer.
Certains participants ont dit qu’ils pensaient avoir des droits, mais qu’ils n’étaient pas certains. Certains ont affirmé que les paramètres de confidentialité les protégeraient ou croyaient que les politiques de confidentialité permettent de définir les attentes et qu’une infraction quelconque aurait lieu si elles n’étaient pas respectées.
Certains participants ont dit qu’ils aimeraient avoir un plus grand contrôle sur leur vie privée en ligne et être informés adéquatement de ce qu’il advient de leurs renseignements en ligne. Un participant a mentionné que les entreprises envoient parfois des renseignements personnels à d’autres entreprises à l’insu des utilisateurs et qu’il n’est pas d’accord avec cette pratique.
Recherche d’information au sujet du droit à la vie privée
Lorsqu’on a demandé aux participants où ils iraient pour trouver de l’information au sujet de leur droit à la vie privée, les réponses étaient variées. Bien que de nombreux participants aient dit qu’ils ne savaient pas, la réponse la plus courante était qu’ils chercheraient eux-mêmes de l’information sur les sites Web et les applications pour connaître leurs droits. Plusieurs ont dit qu’ils consulteraient les paramètres de confidentialité ou les paramètres de leur profil pour trouver de l’information. D’autres ont indiqué qu’ils pourraient effectuer une recherche en ligne ou visionner du contenu sur TikTok ou YouTube, par exemple, pour en apprendre davantage sur la protection de la vie privée en voyant ce que les autres utilisateurs ont à dire à ce sujet. Il a également été mentionné de demander à ses parents et à ses amis ou de voir si son école a de l’information à ce sujet.
Mesures prises pour protéger la vie privée
Lorsqu’on a demandé aux participants de tous les groupes de discussion de préciser les mesures qu’ils pouvaient prendre pour protéger leur vie privée en ligne et d’indiquer s’ils avaient utilisé les paramètres de confidentialité, leurs réponses étaient axées sur trois grands thèmes communs. Les trois thèmes portaient principalement sur la protection des utilisateurs contre d’autres utilisateurs en ligne. Les thèmes, par ordre de prévalence, sont examinés ci-dessous.
Limiter les renseignements personnels publiés
Les adolescents des trois groupes de discussion ont parlé de l’importance de faire attention au contenu qu’ils publient en ligne et à l’endroit où ils le publient. Entre autres, ils ont indiqué qu’il est possible de faire des publications, mais qu’il ne faut pas publier du contenu trop personnel ni du contenu qui pourrait être embarrassant plus tard.
Beaucoup ont mentionné la possibilité de limiter leurs commentaires et leur activité en ligne pour protéger leur vie privée. Certains ont indiqué qu’ils n’utilisaient pas leur vrai nom ni leur date de naissance en ligne et qu’ils ne publiaient pas de photos de leur visage. D’autres commentaires portaient sur la fréquence des publications et sur le fait qu’il est possible de protéger sa vie privée en ne publiant pas de renseignements sur soi-même ni sur son quotidien. Les participants ont indiqué que c’est ainsi que la plupart des gens sont traqués ou harcelés. Un autre participant a mentionné qu’on perd le contrôle de nos renseignements après qu’ils ont été publiés : [traduction] « Tu ne peux pas contrôler ce que les autres font de ton information; une fois publiée, elle est très difficile à supprimer. L’information sera sur Internet pour toujours. »
Certains participants ont déclaré qu’ils publient parfois des renseignements trompeurs, comme une année de naissance ou un emplacement inexact, pour protéger leur vie privée.
Utiliser des comptes privés
Le deuxième thème souvent mentionné lors des discussions était lié à la modification des paramètres de confidentialité pour que les profils et les publications éphémères soient privés. Bien des participants ont indiqué que tous leurs comptes de médias sociaux sont privés, et beaucoup ont mentionné qu’ils désactivent la fonction de géolocalisation sur des applications comme Snapchat.
Un participant a mentionné que les profils privés permettent aux utilisateurs d’avoir un meilleur contrôle : [traduction] « Mettez votre compte en mode privé. Vous pourrez contrôler qui peut voir votre contenu. »
Les participants ont mentionné plusieurs avantages liés à l’utilisation de comptes privés, notamment un meilleur contrôle des utilisateurs qui peuvent communiquer avec eux, consulter leur profil, interagir avec leur contenu et voir leur emplacement.
Un participant a dit que son compte était auparavant public, car il ne savait pas qu’il pouvait être privé, mais après avoir discuté avec un de ses amis, il l’a immédiatement mis en mode privé.
Bloquer
Des participants dans les trois groupes ont mentionné qu’ils avaient bloqué des personnes, soit en bloquant directement leurs comptes ou en empêchant certains utilisateurs de connaître leur emplacement ou d’autres renseignements. Les participants du groupe de discussion en français ont déclaré avoir bloqué des utilisateurs plus souvent que ceux des groupes en anglais.
Pour protéger leur vie privée, certains participants ont notamment affirmé qu’ils avaient des comptes distincts pour communiquer avec différentes personnes (par exemple, un compte pour les amis et un autre pour la famille) ou qu’ils utilisaient une adresse courriel pour les « choses importantes » et une autre pour créer des comptes. Un participant a mentionné toujours vérifier qu’il visite un vrai site Web avant de s’inscrire ou de saisir des renseignements personnels, au cas où le site ne serait pas réel.
Les parents sont censés aider les jeunes à exercer leurs droits, mais certains jeunes sont préoccupés par le surpartage parental
Pendant les discussions, trois thèmes clés sont ressortis concernant la participation des parents lorsqu’il est question de naviguer dans le monde numérique :
- la participation des parents à la prise de décisions;
- la fiabilité des parents en tant que sources d’information;
- le fait que les parents publient en ligne du contenu concernant les participants (surpartage parental).
Participation des parents à la prise de décisions : tout dépend de l’âge et de la capacité du jeune
Lorsqu’on leur a demandé si les jeunes devraient pouvoir prendre eux-mêmes les décisions relatives à la protection de leur vie privée, la plupart des participants ont répondu que tout dépendait de l’âge des jeunes. Certains ont dit que la configuration des paramètres est une responsabilité et qu’à mesure que les jeunes vieillissent, cette responsabilité devrait graduellement leur être transférée. Certains ont indiqué que les parents devraient avoir le contrôle général sur l’utilisation des sites Web et des applications, même si leur rôle consiste seulement à vérifier que les paramètres sont configurés de façon responsable. L’un d’eux a affirmé : [traduction] « Nous devrions avoir notre mot à dire, mais les adultes devraient avoir [le dernier mot] parce qu’ils en savent plus et ont plus d’expérience. »
Un participant a dit qu’il s’agit d’une question de capacité : [traduction] « Quand tu es plus jeune, tu commences tout juste à naviguer dans le monde numérique, donc tes parents devraient décider si tu peux utiliser une application ou créer un compte privé ou public. En vieillissant, tu as plus de connaissances; c’est pour ta propre sécurité et tu devrais être en mesure de te protéger. » Un autre participant était d’accord : [traduction] « Quand tu vieillis, tu deviens plus indépendant, et cette indépendance te permet de devenir plus sage; tu sais ce qu’il ne faut pas publier. » Certains participants étaient d’avis que les jeunes âgés de 13 ou 14 ans et moins ne devraient pas pouvoir publier du contenu sans valider auprès de leurs parents, car ils peuvent parfois ne pas prendre les meilleures décisions. Les participants ont notamment mentionné que les jeunes peuvent publier du contenu sur leur vie privée, alors qu’ils ne devraient pas le faire.
D’autres ont affirmé que leurs parents leur avaient parlé des risques liés aux activités en ligne lorsqu’ils étaient plus jeunes et qu’ils limitaient leur temps en ligne à l’époque. Un participant a déclaré que, lorsqu’il a créé son premier compte Roblox des années plus tôt, ses parents surveillaient ses activités, avaient désactivé la fonction de clavardage et ne l’autorisaient pas à ajouter des personnes qu’il ne connaissait pas.
Certains participants ont indiqué que leurs parents surveillent encore activement leurs comptes pour s’assurer qu’ils protègent leur vie privée. Encore une fois, leur priorité est la protection contre d’autres utilisateurs en ligne, et non la façon dont les entreprises recueillent, utilisent ou communiquent les renseignements personnels. Un participant a mentionné que sa mère ouvre ses applications et valide auprès de lui l’identité de certains contacts dans sa liste pour vérifier qu’il s’agit bien de personnes qu’il connaît dans la vie. Certains participants ont affirmé que leurs parents modifient leurs paramètres de confidentialité pour eux ou avec eux. L’un des participants a demandé à l’un de ses parents de modifier ses paramètres après que des personnes qui n’étaient pas ses amis dans la vie ont essayé de lui parler.
Les parents sont perçus comme une ressource digne de confiance
Lorsqu’on leur a demandé ce qu’ils feraient s’ils découvraient que leurs renseignements personnels sont utilisés de façon inappropriée, les participants ont en grande majorité indiqué que les parents étaient la ressource la plus fiable. Presque tous les participants ont dit qu’ils se tourneraient vers leurs parents en cas de problème en ligne. Les raisons fournies étaient qu’ils font confiance à leurs parents, que leurs parents ont plus d’expérience en ligne, que leurs parents ont leur intérêt supérieur à cœur et qu’ils se sentent proches de leurs parents.
Les participants plus âgés ont dit qu’ils essaieraient d’abord de régler le problème auprès de la personne concernée, puis qu’ils demanderaient à leurs parents d’intervenir s’ils n’étaient pas en mesure de le régler.
Parmi les autres personnes de confiance nommées, citons les amis, les enseignants, les directeurs et les conseils des écoles, les personnes dans le domaine de la technologie, les applications où est publié le contenu problématique, les entreprises responsables des applications et, selon la gravité, la police.
Expériences négatives liées au surpartage parental
Lorsqu’on a interrogé les participants sur la publication de contenu à leur sujet par leurs parents, les réponses variaient quant à savoir si cette pratique était perçue comme un problème.
La majorité des participants ont affirmé ne pas aimer que leurs parents publient des messages à leur sujet en ligne et ont dit qu’il s’agissait d’une expérience négative pour eux. Certains participants ont indiqué vouloir que leurs parents leur demandent la permission avant de publier des choses à leur sujet. Certains ont dit que leurs parents avaient l’habitude de publier régulièrement à leur sujet quand ils étaient plus jeunes, mais qu’ils ont cessé de publier autant après que les jeunes leur ont dit de publier moins de choses. Voici les points de vue de quelques participants :
[Traduction] « Nous vivions dans un autre pays et, lorsque nous sortions, ma mère publiait souvent des vidéos ou des photos en ligne. Maintenant, elle a supprimé la plupart du contenu après que je lui ai dit qu’il faut réduire la quantité de renseignements à notre sujet en ligne, car les gens peuvent être bizarres. » (Jeune participant)
[Traduction] « Je joue au basketball, et mon père publie beaucoup de contenu lié à mon sport. Il publie d’autres choses aussi. Mes amis ou mes adversaires pourraient voir ce contenu. C’est irritant qu’il le publie et que je le sache seulement après coup. » (Jeune participant)
[Traduction] « Mes parents avaient l’habitude de publier plus de contenu quand j’étais plus jeune, probablement parce qu’ils voulaient montrer mes réalisations. Ils le font moins maintenant, parce que je veux que mes renseignements soient moins diffusés. Tout est correct maintenant. » (Jeune participant)
Certains participants ne voyaient aucun inconvénient à ce que leurs parents publient du contenu à leur sujet, notamment parce que leurs parents limitent le nombre de personnes qui peuvent voir le contenu (par exemple, les parents proches). Ce comportement ne les dérange pas, car ils connaissent les personnes qui laissent des commentaires sur les publications. Certains ont dit que leurs parents ne publieraient jamais de contenu qui pourrait leur nuire plus tard, alors ils ne voyaient pas d’inconvénient.
Enfin, un petit nombre de participants de chacun des groupes de discussion ont déclaré que leurs parents demandent leur consentement avant de publier du contenu à leur sujet. Certains ont dit que leurs parents leur font approuver les photos avant de les publier sur Facebook. Deux participants ont affirmé que leurs parents n’avaient jamais publié de contenu à leur sujet sans leur consentement.
Priorités définies par les jeunes pour améliorer la protection de la vie privée en ligne
Lorsque les participants ont été invités à indiquer ce qu’ils souhaitaient qu’il soit fait pour les aider à protéger leur vie privée en ligne et ce que les parents, les enseignants ou les décideurs pourraient faire, les réponses portaient principalement sur deux thèmes : demander aux entreprises d’en faire plus et fournir plus de ressources de sensibilisation à la protection de la vie privée.
Les entreprises devraient jouer un rôle actif
Même si les participants ne semblaient pas conscients des préjudices à la vie privée que les entreprises pourraient causer (par exemple, en raison de pratiques comme le ciblage comportemental), le thème qui est revenu le plus était que les entreprises pourraient prendre des mesures supplémentaires pour protéger la vie privée des jeunes présents en ligne. La mesure principale était la suppression de contenu; les participants craignaient que des tiers voient du contenu à leur sujet qu’ils souhaitent garder confidentiel.
Plusieurs participants ont affirmé que les entreprises tardent à réagir lorsque les choses tournent mal :
[Traduction] « Les entreprises technologiques sont très lentes dans ces circonstances. Si une personne que je connais publie une photo de moi que je n’aime pas, les entreprises technologiques ne réagissent pas assez rapidement pour que cela ait vraiment de l’importance. Si le contenu est en ligne pendant une journée, c’est assez de temps pour que beaucoup de gens le voient. » (Jeune participant)
[Traduction] « Je suis d’accord que les entreprises réagissent lentement. Je comprends que beaucoup de gens communiquent avec elles, mais elles devraient embaucher d’autres employés, car elles sont très lentes. » (Jeune participant)
Un participant s’est questionné à savoir s’il y a des équipes qui naviguent sur les plateformes en ligne pour trouver et supprimer les vidéos et les comptes inappropriés, mais il indique que ce serait une bonne idée d’adopter cette pratique.
Bien que la plupart des participants n’aient pas mentionné l’intégration de mesures de sécurité, certains se sont dits préoccupés par le risque de piratage et de fuite de renseignements et ont affirmé qu’il faudrait en faire davantage pour protéger les renseignements.
Il faut favoriser la sensibilisation à la protection de la vie privée
Les participants ont dit qu’il serait utile d’être mieux informés sur la vie privée en ligne et les façons de la protéger. Certains ont demandé que les jeunes soient davantage sensibilisés à la protection de la vie privée dans les écoles et ont indiqué qu’il serait avantageux d’avoir comme ressource une personne de leur âge. D’autres ont demandé d’indiquer plus clairement aux jeunes que le contenu publié en ligne est public et qu’il demeure sur le Web pendant longtemps, même si le compte est privé. Un participant a averti que les messages qui recommandent aux jeunes de ne pas utiliser les médias sociaux sont inefficaces :
[Traduction] « À notre époque, il est irréaliste de recommander de ne pas être sur les médias sociaux du tout. C’est la principale forme de communication pour beaucoup de gens. Plutôt que de dire “ne publiez pas sur les médias sociaux”, expliquez en détail comment protéger sa vie privée lorsqu’on les utilise. » (Jeune participant)
D’autres ont demandé que les parents et les enseignants soient sensibilisés davantage :
[Traduction] « Si les enseignants ou les parents étaient plus informés à ce sujet, ils pourraient faire en sorte que nous soyons plus informés. Beaucoup d’enseignants, par exemple, essaient de nous sensibiliser, mais n’ont aucune idée de ce dont ils parlent. (Jeune participant)
Autre point à retenir : le contrôle de l’âge
Bien que les chercheurs n’aient pas posé de questions précises sur le contrôle de l’âge, plusieurs participants ont mentionné ce thème dans leurs réponses, directement ou indirectement. Comme il est expliqué précédemment dans la section sur les expériences négatives liées à la protection de la vie privée, les participants considéraient l’utilisation d’une fausse date de naissance comme un moyen efficace de protéger leur vie privée, car ils réduisaient ainsi la quantité de renseignements personnels exacts fournis aux entreprises qui, à leur avis, demandaient trop de renseignements. Ce comportement peut avoir des conséquences inattendues sur les démarches de contrôle de l’âge qui reposent sur l’autodéclaration.
[Traduction] « La plupart des applications ont un mécanisme de vérification de l’âge, mais il n’est pas possible de vérifier l’âge adéquatement. Selon nous, c’est l’un des plus gros problèmes sur Internet. Il n’y a pas vraiment de méthode qui oblige d’indiquer sa vraie date de naissance. Les utilisateurs peuvent changer leur année de naissance pour paraître plus âgés. »
D’autres ont déclaré avoir changé leur année de naissance pour pouvoir accéder à des services, comme des jeux et Instagram, lorsqu’ils étaient plus jeunes. Certains participants ont indiqué qu’ils ont pu le faire parce que les limites d’âge ne sont pas mises en application sur de nombreux sites.
Conclusion
En 2024, lorsque le Commissaire Dufresne a fait de la défense du droit à la vie privée des enfants une priorité stratégique, il a fixé les objectifs suivants pour le Commissariat : approfondir sa compréhension de la protection de la vie privée des jeunes, demeurer à l’écoute des jeunes pour apprendre directement d’eux et dégager les principales possibilités grâce à la recherche et à la collaboration. Les groupes de discussion ont fait ressortir plusieurs conclusions clés qui aideront à orienter le travail du Commissariat, notamment en ce qui concerne la sensibilisation et l’éducation des jeunes, ainsi que les engagements du Commissariat et les conseils qu’il fournit aux organisations.
Le Commissariat poursuivra ses efforts de sensibilisation à la protection de la vie privée avec l’aide du Conseil jeunesse et en partenariat avec ses homologues provinciaux et territoriaux pour que des ressources à incidence élevée soient élaborées. Il cherchera également à mobiliser ses partenaires pour utiliser et promouvoir les excellentes ressources de sensibilisation à la protection de la vie privée élaborées partout au pays. Le Commissariat estime également qu’il est nécessaire de collaborer davantage avec les parents et les enseignants, car ils jouent un rôle important en tant que conseillers de confiance auprès des jeunes et compte tenu de la complexité d’une participation sécuritaire aux activités en ligne.
De même, le Commissariat continuera de défendre le droit à la vie privée des enfants auprès des organisations. Les observations des participants permettront au Commissariat d’élaborer des documents d’orientation, de formuler des recommandations et de mener des consultations proactives auprès des entreprises. Le Commissariat continuera de fournir des conseils et des directives pour aider les organisations à assumer leurs obligations en matière de respect de la vie privée des enfants et de concevoir des produits et des services respectueux de la vie privée des enfants. À mesure que ses travaux liés au code sur la protection des renseignements personnels des enfants progresseront, le Commissariat continuera de collaborer avec les entreprises, les jeunes et les autres parties intéressées à chaque étape du processus pour veiller à élaborer des lignes directrices claires et pratiques à l’intention des organisations qui traitent les renseignements personnels d’enfants.
Méthodologie
Le 8 février 2025, deux chercheurs de l’équipe des politiques et de la recherche du Commissariat ont animé trois groupes de discussion virtuels de 60 minutes avec de jeunes Canadiennes et Canadiens de la population générale âgés de 13 à 17 ans. Ils ont interrogé les participants sur leur expérience en ligne, sur leur perception des mesures de protection de la vie privée, sur des questions liées à la protection de la vie privée et sur leur connaissance du droit à la vie privée et des ressources à leur disposition.
Le Commissariat a retenu les services d’un comité d’examen indépendant externe pour vérifier que ses chercheurs possédaient les qualifications appropriées et que la recherche était bien conçue sur le plan méthodologique pour faire participer des humains.
Le Commissariat a décidé d’avoir recours à des groupes de discussion en ligne, car il a jugé que cette méthode était rentable pour joindre un public représentatif de partout au Canada et évitait que l’ensemble des participants doivent se déplacer dans la région de la capitale nationale.
Le Commissariat a retenu les services d’une entreprise de recrutement pour veiller à consulter un échantillon diversifié et représentatif de la population canadienne, venant des provinces et des territoires du Canada. Au total, il a formé trois groupes de discussion : deux groupes en anglais, l’un comptant sept participants et l’autre cinq, et un groupe en français comptant sept participants.
Tant pour obtenir leur consentement que leur accord, on a informé les parents et les jeunes participants de l’objectif de l’étude, de ce en quoi consiste la participation des jeunes, des fins auxquelles les données recueillies par les chercheurs seraient utilisées, ainsi que des risques et des avantages liés au fait de participer à l’étude. Les réponses ont été recueillies sans identifiants et ont été anonymisées.
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